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Primaire à droite : les sondeurs ont encore eu tout faux, pas les lecteurs de RT France

Un duel Juppé-Sarkozy a été pendant des mois la seule hypothèse des sondeurs, et à leur suite, des éditorialistes. Aussi, la percée de François Fillon n'a été que tardivement détectée, et encore a-t-elle été sous-estimée par les instituts.

D'aucuns diront qu'il est facile de jeter la pierre. Mais en même temps, c'est bien la promesse des instituts que de prétendre prévoir l'issue d'un scrutin, en dépit de l'argument – contradictoire –  selon lequel un sondage est une photographie de l'opinion à un instant T. Pourtant, les lecteurs de RT France, eux ont vu juste. Avec sagacité, ils avaient ainsi prévu dès le 14 novembre, et avant tout le monde, le casting du duel du second tour de la primaire à droite.

Dans les sondages publiés en novembre 2016, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé arrivent systématiquement en tête. Au final, l'ordre d'arrivée de la primaire de la droite et du centre n'a jamais été prévu et François Fillon explose les compteurs à 44,1 % des suffrages. Après le plantage sur le Brexit, puis celui de l'élection de Donald Trump, la surprise Fillon est encore une pierre dans le jardin des instituts de sondage.

Méthodologie pointue mais inutile ?

Au point qu'on finit par se demander si la méthodologie complexe et coûteuse des instituts sert encore à quelque chose, en témoigne le sondage humoristique lancé par RT France. A moins de 24 heures du scrutin, Ipsos détectait enfin la percée de François Fillon sans pour autant pouvoir en prédire l'ampleur. Le député de Paris est ainsi donné à 30%, un tout petit point devant Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, crédités chacun de 29% des intentions de vote. Mais jamais François Fillon n'a été vu comme pouvant arriver en tête du premier tour.

Mais les instituts de sondage ne se découragent pas et continuent de sonder. Un sondage OpinionWay publié ce 21 novembre 2016 crédite ainsi François Fillon de 56% des intentions de vote au second tour. A noter que 18% des sondés n'expriment pas d'intention de vote pour le second tour, et que parmi ceux qui ont voté au premier tour, 56% déclarent qu'«il y a plus de chance» pour qu'ils votent pour François Fillon que pour Alain Juppé.

OpinionWay voyait déjà le 15 novembre 2016 François Fillon vainqueur à 54% contre Alain Juppé, dans l'hypothèse d'un duel entre les deux hommes au second tour. Un autre sondage Ifop Fiducial du 17 novembre met les deux concurrents à égalité, à 50-50. 

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Espérons pour les instituts de sondage que les chiffres de la participation au premier tour leur permettent d'ajuster leurs coefficients de correction, inhérents à la méthode des quotas. Les contours du corps électoral ainsi que le nombre de votants étaient les inconnues les plus difficiles à estimer de ce scrutin atypique.