« Le Premier ministre a demandé à l’ANSSI [l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information] de conduire un audit approfondi pour établir précisément les circonstances et les causes de l’incident ayant affecté la DGFiP, en complément de l’enquête judiciaire en cours », ont relayé ce 17 août les médias français, reprenant un communiqué de Matignon.
La veille, les services du Premier ministre − dont l’agenda était dominé par un déplacement en Gironde −, avaient annoncé qu’il présiderait en « visioconférence sécurisée » une cellule de crise interministérielle après l’annonce du piratage du Fisc.
Un piratage reconnu par Bercy le 14 août, deux jours après la revendication et la mise en vente des données fiscales, et ce un mois et demi après les faits. « Si le hackeur n’avait pas rendu publique cette information, l’État ne l’aurait jamais dit », a ainsi fustigé dans une vidéo parue le 16 août le youtubeur − et hackeur − Rabbin des Bois.
Ce dernier a notamment souligné que, dans son communiqué, Bercy se targue, « dès la détection » des intrusions, avoir « immédiatement interrompu les accès de l'ensemble des comptes utilisés dans les incidents identifiés », ce qui aurait ainsi permis de limiter cette fuite aux 678 000 lignes qui ont été mises en vente sur le darknet. Fichier qui, d’ailleurs, aurait trouvé preneur pour quelques « milliers d’euros » à en croire les affirmations des voleurs auprès de l’AFP.
« En extrapolant un peu, il n’y a pas besoin d’être Einstein pour te dire qu’il y a eu plein de hacks » non revendiqués ou effectués par des acteurs étatiques étrangers, a-t-il ajouté avant de fustiger un État français qui veut « toujours plus d’informations » sur les Français tout en étant « inapte » à protéger ces mêmes informations.
Depuis plusieurs mois, la liste des agences françaises piratées est en effet longue : France Travail, Urssaf, Bloctel, laissant à chaque fois fuiter dans la nature des millions de données personnelles confiées par les Français et – plus inquiétant – des agences comme celle en charge des « titres sécurisés », l’ANTS, ou encore celle qui recense les détenteurs de comptes bancaires, Ficoba… Une multiplication des fuites qui, à terme, vient renforcer la connaissance que les pirates ont des Français, leur permettant de perfectionner leurs tentatives de phishing ou tout simplement de s’en prendre directement à eux et à leurs biens.
« Ce n’est pas normal qu’on en soit à un tel état de délabrement »
« Ce hack va déclencher, je pense, malheureusement, une nouvelle vague de phishing, d’usurpations d’identité, de kidnappings, de séquestrations et de cambriolages », a encore regretté Rabbin des Bois après avoir évoqué ce fichier en vente aux alentours de « 10 000 euros » et contenant les revenus déclarés de centaines de milliers de contribuables français, dont, précise-t-il, 26 000 ont déclaré plus de 100 000 euros de revenus en 2025, 300 ont déclaré plus d'un million d’euros et cinq personnes ont déclaré plus de 10 millions d’euros.
« Ce n’est pas normal qu’on en soit à un tel état de délabrement » en matière de cybersécurité dans les ministères en France, a dénoncé ce 17 août sur BFMTV Centho, hacker éthique et expert en cybersécurité. « On veut faire des économies au détriment de la sécurité des Français, on met des gens en danger inutilement », a-t-il poursuivi, en mettant en garde – lui aussi – contre ce risque croissant « d’agrégation » par les cybercriminels des informations collectées de part et d’autre sur les Français.
« En termes d’hygiène, c’est zéro », a regretté, sur le même plateau, l’avocate en droit numérique, maître Oriana Labruyère, que des méthodes de sécurisation d’accès – en vigueur notamment dans des entreprises privées – ne soient pas présentes dans des ministères, qui plus est à Bercy que l’on présente comme un « bastion » au regard de l’importance des données qui y sont détenues sur les Français.
Même tonalité du côté de Clément Domingo, autre hacker éthique, également sur BFMTV, qui est aussi entré en contact avec ZeroBytes, le duo de pirates qui s’en est pris à la DGFiP, mais également à un serveur de données cadastrales. Selon les propos de Domingo, ce piratage des services du Fisc aurait été purement opportuniste, les pirates ayant « totalement par hasard » mis la main sur les identifiants d’un agent des impôts dans les informations volées qui sont glanées par le darknet.
« On est loin d’une attaque sophistiquée », a-t-il lancé, prenant ainsi le contrepied du ministère de l’Action et des Comptes publics qui, dans son communiqué reconnaissant que ses services avaient été piratés, avait mis en avant la « sophistication de l’attaque ».