Les services français ont soumis à la CNCTR plus de 100 000 demandes d’utilisation de techniques de renseignement l’an dernier.
Derrière la relative stabilité du nombre d’individus ciblés, le rapport décrit une surveillance plus technique, confrontée au narcotrafic, aux menaces étrangères et au chiffrement des communications.
La criminalité organisée redevient la première cible
En 2025, 25 332 personnes ont fait l’objet d’au moins une mesure de surveillance, contre 24 308 en 2024. La hausse atteint donc un peu plus de 4 %, même si la commission la qualifie de « modeste ». Ce chiffre doit être distingué des 100 813 demandes de techniques adressées au Premier ministre après examen de la CNCTR : une même personne peut être visée par plusieurs dispositifs. Le cadre légal avait été bouleversé en 2015 avec la loi surveillance adoptée sous la présidence Hollande.
Après l’année olympique, la prévention de la criminalité et de la délinquance organisées redevient le premier motif de surveillance. Près de 7 600 personnes, soit environ 30 % des cibles, ont été suivies à ce titre, dans un contexte marqué par l’extension du narcotrafic. Le nombre de personnes surveillées pour prévenir le terrorisme recule, lui, de 14 %, à environ 6 200.
Le rapport encadre aussi le débat sur le séparatisme et l’« entrisme ». Selon la CNCTR, ces phénomènes ne peuvent, à eux seuls et dans l’état actuel du droit, justifier une surveillance fondée sur la prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions.
Sur les réseaux sociaux, un internaute s’indigne : « Malgré la surveillance, ça tire dans tous les coins » en référence au bilan sécuritaire de la France sous la présidence d’Emmanuel Macron.
Si le nombre de personnes suivies évolue peu, les moyens mobilisés deviennent plus intrusifs. Les demandes de recueil de données informatiques, permettant d’accéder au contenu d’ordinateurs ou de téléphones, ont progressé de 38,2 % en 2025, notamment face aux messageries chiffrées. Environ 7 900 demandes ont été formulées.
La CNCTR a rendu seulement 0,4 % d’avis défavorables, mais elle précise intervenir également par des restrictions de durée ou des demandes de justification. Elle a effectué 120 contrôles a posteriori. Avec 22 collaborateurs, dont 14 affectés aux missions de contrôle, la commission se dit désormais « en limite de capacité » et estime que le « seuil d’alerte » est atteint.