Economie

Pétrole : l'Opep+ annonce une hausse de la production pour tenter de contenir l'envolée des prix

Les pays producteurs de pétrole ont décidé ce 2 juin d'un accroissement des volumes d'or noir pour l'été 2022, espérant stabiliser des marchés toujours orientés à la hausse sur fond de conflit en Ukraine et d'embargo européen sur le pétrole russe.

Après des mois de statu quo malgré l'envolée des cours, les pays producteurs de pétrole ont décidé le 2 juin de doper leur production de pétrole, répondant ainsi aux appels des Occidentaux. Les représentants des treize membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs dix partenaires (Opep+) ont convenu que «la production de juillet serait ajustée à la hausse de 648 000 barils par jour», à comparer aux 432 000 barils fixés les mois précédents, a annoncé l'alliance dans un communiqué.

L'annonce faite le 30 mai par les 27 pays de l'Union européenne d'un embargo sur une partie importante du pétrole russe a accru les craintes de pénuries et visiblement changé la donne pour le cartel, qui souligne «l'importance de marchés stables et équilibrés». Il s’agit d’un tournant pour l'Opep+, qui s'était limitée depuis le printemps 2021 à de modestes augmentations de ses quotas pour retrouver ses niveaux d'avant la pandémie de Covid-19. Le groupe n'avait jusqu'ici jamais dévié de sa ligne, même après le lancement de l’offensive russe en Ukraine, qui a accentué les tensions sur le marché. 

Pas de mise à l’écart de Moscou

Si un article du Wall Street Journal avait évoqué une possible mise à l'écart de la Russie, affectée par les sanctions occidentales, l'Opep+ est restée unie. L'augmentation décidée le 2 juin doit être répartie proportionnellement entre chacun des membres, avec des quotas identiques pour Moscou et Ryad, les deux piliers de l'alliance.

Après des décisions similaires des Etats-Unis et du Royaume-Uni, les dirigeants de l'UE ont trouvé un accord qui devrait permettre de réduire de 90% leurs importations de pétrole russe d'ici la fin de l'année, avec cependant une exemption temporaire pour le pétrole acheminé par oléoduc, afin de lever le veto de la Hongrie.

L'Arabie saoudite a longtemps fait la sourde oreille face aux appels à augmenter les volumes de production. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, avait réaffirmé lors du récent Forum économique mondial de Davos (Suisse) que «le royaume avait fait ce qu'il pouvait».  «La situation est plus complexe que simplement ajouter des barils au marché», avait-t-il insisté, tandis que les membres du G7 pointaient le «rôle clé» de l'Opep+ face au «resserrement des marchés internationaux». Les économies du Golfe tirent des bénéfices juteux d'un baril établi bien au-delà de 100 dollars : l'Arabie saoudite a ainsi enregistré au premier trimestre sa croissance la plus forte en dix ans.

Malgré ces quotas plus ambitieux, l'Opep+ pourrait ne pas être en mesure de remplacer tous les volumes perdus en provenance de Russie et à destination de l'Occident du fait des difficultés de certains de ses membres à atteindre leurs objectifs, préviennent des analystes. L'annonce de l'alliance a semblé réjouir les investisseurs, puisque les cours du brut remontaient de presque 1%, les deux références du brut (le WTI des Etats-Unis et le Brent de la mer du Nord) évoluant autour des 116 dollars le baril. Comme le relevaient Les Echos le 31 mai, «les cours du pétrole se sont appréciés pendant six mois d'affilée», un phénomène qui ne s'était pas produit depuis «plus de dix ans» selon le quotidien économique.