Economie

Crypto-monnaies : selon Bloomberg, l’administration Biden surveille les avancées de la Chine

La Banque centrale de Chine est la première à lancer sa crypto-monnaie, pour le moment à usage national. Une démarche que surveille Washington au point d’envisager de faire rapidement la même chose.

L'administration Biden intensifie sa surveillance des avancées de la Chine vers la mise en service d’un yuan numérique, certains responsables craignant que cette décision ne déclenche une tentative à long terme de renverser le dollar en tant que monnaie de réserve dominante du monde, selon des personnes proches du dossier citées par l’agence Bloomberg.

Les responsables américains ne s'inquiètent pas tant d'un défi immédiat à la structure actuelle du système financier mondial mais veulent comprendre comment le yuan numérique sera distribué et potentiellement utilisé pour contourner les sanctions américaines, selon ces mêmes sources.

La Banque populaire de Chine (PBOC) a en effet lancé l’émission expérimentale d’un yuan numérique dans les grandes métropoles du pays et on peut déjà voire le symbole de ce e-yuan sur certains distributeurs. Elle est de facto la première grande banque centrale à émettre une monnaie virtuelle et un déploiement plus large est prévu pour les Jeux olympiques d'hiver de Pékin en février prochain, ce qui donnerait à cette expérience une visibilité internationale.

Les responsables chinois ont déclaré que les principaux objectifs assignés au yuan numérique étaient de remplacer les billets de banque et les pièces de monnaie, de réduire l'incitation à utiliser des crypto-monnaies et de compléter le système de paiement électronique actuel géré exclusivement par le secteur privé que dominent en Chine les groupes Ant Group et Tencent, avec leurs applications Alipay, et WeChat Pay. La Banque Populaire de Chine travaille depuis 2014 sur le yuan numérique, également appelé e-Yuan.

La Chine convainc la Banque des règlements internationaux

Mais fin mars, lors d’un séminaire de la Banque des règlements internationaux – laquelle rassemble dans son capital les 60 principales banques centrales – Mu Changchun, directeur général de l'institut de monnaie numérique de la PBOC a fait des propositions pour commencer à bâtir une architecture mondiale et des réglementations pour les crypto-monnaies émises par les banques centrales.

«L'interopérabilité devrait être activée entre les systèmes de CBDC [central bank digital currency, monnaie numérique de banque centrale] de différentes juridictions», a-t-il déclaré à cette occasion, selon l’agence Reuters. Il en a profité pour proposer à ses collègues de réfléchir à la mise en place d’une «plate-forme de change évolutive gérée par DLT [distributed ledger technology, nom générique en anglais des technologies de type "blockchain"] ou d'autres».

La PBOC examine également le potentiel d'utilisation du yuan numérique dans les paiements internationaux et a lancé un projet d'étude de la question avec une unité de la Banque des règlements internationaux, ainsi que les Emirats arabes unis, la Thaïlande et l'autorité monétaire de Hong Kong.

Le Congrès sur la brèche

Les membres du Congrès, conscients des mouvements de la Chine, se montrent eux aussi de plus en plus intéressés par un dollar numérique et ont interrogé le président de la Réserve fédérale Jerome Powell et la secrétaire au Trésor Janet Yellen lors d'audiences plus tôt cette année. A ce sujet Jerome Powel a déclaré en février que la Fed examinait «très attentivement» la perspective d’un dollar numérique et ajouté : «Nous n'avons pas besoin d'être les premiers. Nous devons faire les choses correctement.»

Bien plus enthousiaste que son prédécesseur Steven Mnuchin, la nouvelle secrétaire au Trésor Janet Yellen a manifesté son intérêt pour la recherche sur la viabilité d'un dollar numérique et déclaré qu'une version numérique du dollar pourrait aider à surmonter les obstacles à l'inclusion financière des ménages à faible revenu aux Etats-Unis.

Dans son rapport daté de mars 2021 sur les tendances globales d'ici 2040, le Conseil du renseignement des Etats-Unis souligne l’importance du développement des monnaies digitales privées qui pourraient devenir des alternatives aux monnaies fiduciaires des banques centrales d’ici une vingtaine d’années. Le rapport ajoute que les limites de la menace que pourraient représenter ces cryptomonnaies pour les monnaies des banques centrales «dépendront des réglementations qui seront mises en place».