Economie

La croissance chinoise au plus bas depuis 27 ans… mais cinq fois plus dynamique qu’en Europe

Le léger ralentissement économique de la Chine est une mauvaise nouvelle pour le monde entier. Car c’est toujours Pékin qui entraîne la croissance mondiale, loin devant les Etats-Unis et l'Europe.

Le 15 juillet, le Bureau national des statistiques (BNS) de Chine a annoncé que la croissance du produit intérieur brut (PIB) en tendance annuelle de la Chine était descendue à 6,2% au cours du second trimestre.

Commentant ces résultats, le porte-parole du BNS a déclaré : «L'environnement économique est toujours compliqué, tant en Chine qu'à l'étranger, la croissance économique mondiale ralentit et les instabilités et incertitudes externes augmentent.»

Selon l'agence Bloomberg, il s'agit de la plus faible hausse du PIB depuis le début de la publication des données trimestrielles en 1992, il y a 27 ans. La croissance reste toutefois dans la fourchette visée par Pékin cette année : entre 6 et 6,5% (contre 6,6% en 2018).

Pour de nombreux analystes financiers, la guerre économique déclenchée en 2018 par l’administration du président américain Donald Trump, qui dénonce l'excédent commercial de la Chine vis-à-vis de son pays, est en grande partie responsable de la dégradation des indicateurs économiques chinois.

Pour Edward Moya, analyste du courtier Oanda cité par l’AFP : «La guerre commerciale a d'énormes répercussions sur l'économie chinoise […] Et comme les négociations peinent à réaliser des progrès significatifs, nous sommes certainement encore loin du creux de la vague pour l'économie chinoise.»

Un programme de relance de 2 000 milliards de yuans

Pour soutenir l'économie réelle, le gouvernement chinois s'est engagé en mars à baisser de près de 2 000 milliards de yuans (265 milliards d'euros) la pression fiscale et sociale sur les entreprises. Pékin s'efforcera en outre de soutenir les entreprises ayant besoin de crédit, mais sans trop aggraver leur endettement. Les banques chinoises ont ainsi été encouragées à gonfler leurs prêts aux PME, jusque-là délaissées au profit des grands groupes publics, souvent peu rentables.

Le taux chômage demeure relativement bas, à 3,8%. C’est autant qu’aux Etats-Unis, où ce même chiffre correspond à un plus bas depuis un demi-siècle. Mais le taux de chômage urbain, indicateur observé de près par les autorités chinoises, a légèrement augmenté entre mai et juin, passant de 5% à 5,1%.

Ces chiffres ont une importance symbolique pour le gouvernement. Raymond Yeung, économiste chez la banque australo-néo-zélandaise ANZ, très active en Chine, est convaincu qu’à l'approche du 70e anniversaire de la République populaire de Chine, le 1er octobre prochain, Pékin a besoin d'afficher une croissance saine. «Le gouvernement chinois ne laissera pas le [taux de croissance] tomber en dessous de 6%», prévient-il.

La Chine exporte moins... et importe encore moins 

Le 10 juillet, le Premier ministre chinois Li Keqiang avait appelé à renforcer le soutien aux entreprises tournées vers l'international et promis des allègements fiscaux, au moment où le commerce extérieur de la Chine se contracte. En mai, les exportations, qui sont un des piliers de l'économie du pays, marquaient un repli de 1,3% en tendance annuelle, fortement pénalisées par la guerre commerciale.

C'est la raison pour laquelle la Chine poursuit le rééquilibrage de son économie, en mettant davantage l'accent sur la consommation intérieure, qui demeure solide. Les ventes de détail ont encore progressé en juin à +9,8% sur un an, et la production industrielle a crû de 6,3%, selon le BNS.

Malgré tout, la Chine reste la principale locomotive de la croissance mondiale dont elle assure, à elle seule, près de 60%. Le taux de croissance de son PIB demeure cinq fois plus supérieur à la moyenne européenne. Le Vieux Continent et les Etats-Unis souffrent d’ailleurs plus des tensions commerciales que Pékin. Car si la Chine exporte moins, elle importe encore moins. Ainsi, la réduction des exportations chinoises vers les Etats-Unis s’est accompagnée d’un effondrement de ses achats de céréales et d’oléagineux, qui a contribué à accroître son excédent commercial au détriment de Washington.

Quant à l’Europe, elle souffre aussi du léger ralentissement de l’économie chinoise, qui est en partie à l’origine du ralentissement de la conjoncture économique mondiale. Selon les dernières prévisions de la Commission européenne publiées en juillet, la croissance du PIB de la zone euro devrait plafonner à 1,2% en 2019 et 1,5% en 2020, et respectivement atteindre 1,4% et 1,6% pour l’ensemble des 28 Etats membres. Le chômage continue de diminuer en Europe, mais il reste nettement plus élevé qu’en Chine, en particulier dans la zone euro, où il est proche de 8%, et se situe même à 8,7% en France.

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