Afrique

Afrique du Sud : plus de 500 millions de dollars récupérés dans des affaires de corruption

L’Afrique du Sud a récupéré environ 519 M$, d’avoirs et de fonds liés à des faits de corruption, a annoncé la ministre de la Justice Mmamoloko Kubayi. Une progression attribuée au renforcement de la coopération entre les différentes agences de l’État, mais qui ne doit pas, selon plusieurs experts, se substituer aux poursuites et aux condamnations.

L’unité de confiscation des avoirs (AFU) sud-africaine a récupéré 8,3 milliards de rands, soit 519 millions de dollars, provenant d’avoirs et de fonds liés à la corruption, a annoncé, le 2 septembre, la ministre de la Justice Mmamoloko Kubayi.

Ce montant marque une nette progression par rapport aux quelque 6 milliards de rands, soit environ 375 millions de dollars, récupérés et annoncés lors du sommet anticorruption de l’année dernière.

Selon la ministre, ces résultats s’expliquent notamment par une coopération renforcée entre l’AFU, les équipes chargées de la lutte contre la corruption et les groupes de travail interinstitutionnels consacrés aux flux financiers illicites. Cette collaboration implique également le secteur privé.

Mmamoloko Kubayi a toutefois insisté sur le fait que la récupération des fonds détournés ne pouvait constituer l’unique objectif de la lutte contre la corruption. Elle a notamment appelé les organisations professionnelles représentant les comptables et les avocats à prendre des mesures contre leurs membres impliqués dans des affaires de corruption.

Près de 60 millions de dollars récupérés par une autre agence

Les efforts de récupération des fonds publics se poursuivent également au sein de l’Unité spéciale d’enquête (SIU). Celle-ci a récupéré au cours de l’année écoulée des actifs et des fonds d’une valeur de 936 millions de rands, soit environ 59 millions de dollars, pour un objectif fixé à 1 milliard de rands.

La ministre a souligné que le rôle de la SIU ne se limitait pas à récupérer l’argent déjà détourné. L’agence intervient également pour empêcher la conclusion de contrats irréguliers, permettant ainsi d’éviter de futurs préjudices pour les finances publiques.

L’affaire de l’hôpital de Tembisa illustre cette stratégie. L’AFU a obtenu une ordonnance définitive de confiscation portant sur environ 326 millions de rands (près de 20 millions de dollars) d’avoirs liés à l’homme d’affaires Hangwani Maumela. Les biens concernés comprennent notamment des propriétés de luxe et des véhicules. La SIU avait contribué à leur traçage.

« La récupération ne peut pas être la mesure ultime du succès »

Pour Wayne Duvenage, directeur général de l’organisation anticorruption OUTA, la récupération de milliards de rands constitue une réussite qui doit être saluée, mais elle ne saurait être considérée comme une victoire contre la corruption.

Selon lui, les personnes impliquées doivent également subir des conséquences judiciaires. La corruption à grande échelle implique souvent, au-delà des responsables publics et des entreprises, des professionnels qui contribuent à structurer les opérations, transférer les fonds ou dissimuler leur origine.

Sans poursuites contre ces intermédiaires, le risque demeure que les acteurs de la corruption considèrent la récupération éventuelle des fonds comme une simple perte financière, sans véritable effet dissuasif.

Le manque d’indépendance des institutions au cœur des critiques

Pour Paul Hoffman, directeur d’Accountability Now, le problème est plus profond : l’Afrique du Sud ne disposerait pas d’une institution anticorruption suffisamment indépendante du pouvoir exécutif.

Il plaide pour la création, par la loi, d’un organisme autonome chargé de lutter contre la corruption en dehors du contrôle du gouvernement. Il estime notamment que les Hawks et l’Autorité nationale des poursuites restent placés dans des structures dépendant du pouvoir exécutif.

Même constat du côté de Gerrie Nel, responsable de l’unité de poursuites privées d’AfriForum. Selon lui, une arrestation ne suffit pas à établir une véritable responsabilité.

« Rien ne se passe s’il y a une arrestation », a-t-il déclaré, estimant que la lutte contre la corruption ne produit des résultats concrets qu’avec des poursuites et des condamnations.