Russie

En Suisse, environ 600 clients russes menacés de fermeture de compte, y compris des résidents permanents

La pression bancaire s’accentue sur les ressortissants russes installés en Suisse. Environ 600 clients ont été avertis d’une possible fermeture de compte, y compris des titulaires d’un permis de séjour permanent et, dans certains cas, des personnes possédant aussi la nationalité suisse, sur fond de contrôles renforcés liés aux sanctions.

Swissquote et sa filiale Yuh ont commencé à prévenir des clients russes résidant en Suisse d’une possible fermeture de leurs comptes, selon des informations révélées le 14 août par le portail suisse Inside Paradeplatz. Environ 600 clients seraient concernés, principalement chez Yuh.

Les notifications ne viseraient pas uniquement des personnes sanctionnées ou établies en Russie. Selon un client cité par Inside Paradeplatz, elles ont aussi été adressées à des ressortissants russes titulaires d’un permis C, soit un statut de résident permanent en Suisse. Le média évoque notamment des personnes à la réputation « absolument irréprochable ». Dans certains cas, des détenteurs d’une double nationalité possédant également un passeport suisse auraient reçu un avertissement.

D’après ce même témoignage, le service clientèle de Swissquote aurait indiqué par téléphone que la décision répondait à des exigences renforcées de surveillance et qu’elle était directement liée à la nationalité russe des personnes concernées.

La direction de la banque apporte toutefois une autre explication. Son directeur général, Marc Bürki, a confirmé la situation à Inside Paradeplatz, tout en affirmant que Swissquote ne fermait pas systématiquement les comptes des Russes vivant en Suisse. Il a invoqué des « situations particulières », notamment lorsqu’un client figure sur une liste de sanctions ou lorsque son activité économique reste étroitement liée à la Russie.

Le coût du contrôle des clients russes mis en avant

Les quelque 600 clients concernés n’auraient cependant pas tous vu leur compte fermé. La plupart auraient pour l’instant reçu une notification, tandis que Swissquote aurait pris contact avec eux afin de rechercher d’éventuelles solutions. Les utilisateurs de Yuh représenteraient l’essentiel des cas.

Marc Bürki a également évoqué de possibles erreurs dans certains dossiers. Selon lui, la banque ne disposerait pas toujours d’informations complètes sur la seconde nationalité de ses clients, ce qui pourrait expliquer que certains détenteurs d’un passeport suisse aient eux aussi reçu un avertissement.

Pour justifier cette politique, Swissquote met avant tout en avant le coût supplémentaire lié au contrôle des ressortissants russes. La banque affirme devoir vérifier l’origine économique de leurs avoirs, consulter les listes de sanctions et renforcer la surveillance de leurs opérations. Selon Marc Bürki, les revenus générés par les clients de Yuh seraient trop faibles pour compenser le coût de ces vérifications.

L’affaire ne se limite pas au seul cas de Swissquote. Depuis 2022, plusieurs banques suisses ont fermé des comptes ou renforcé leurs exigences à l’égard de clients russes, y compris dans certaines situations concernant des personnes installées durablement dans le pays. Ce durcissement accompagne l’adoption par Berne de nombreuses mesures restrictives européennes contre Moscou.

Moscou met en cause l’évolution de la neutralité suisse

Le durcissement des conditions appliquées aux clients russes intervient dans un contexte plus large de tensions entre Moscou et Berne autour de la politique de sanctions. La Russie reproche notamment à la Suisse de s’être progressivement alignée sur les mesures restrictives adoptées par l’Union européenne, une évolution qu’elle juge difficilement compatible avec la neutralité traditionnellement revendiquée par le pays.

Le 31 juillet, Maria Zakharova avait ainsi estimé que la Suisse avait transformé sa neutralité en principe à « géométrie variable ». La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères critiquait à la fois l’alignement de Berne sur les sanctions européennes contre la Russie et l’opposition des autorités helvétiques à l’inscription d’une neutralité permanente dans la Constitution.

Selon Maria Zakharova, une neutralité dont l’application peut évoluer en fonction des circonstances et des choix politiques ne peut plus être présentée comme pleinement permanente. Moscou considère ainsi que la reprise par Berne des sanctions européennes, parallèlement au renforcement des restrictions visant les ressortissants russes, fragilise la position historique de la Suisse comme État neutre.