Maria Zakharova a dénoncé, le 31 juillet sur Telegram, la recommandation du gouvernement et du Parlement suisses de rejeter l’« Initiative sur la neutralité », soumise au vote le 27 septembre.
Le texte propose d’inscrire dans la Constitution le principe d’une neutralité permanente et armée. Il prévoit également d’interdire à la Suisse de participer à des régimes de sanctions.
Les autorités suisses affirment qu’une telle disposition rendrait leur politique étrangère plus rigide et réduirait la marge de manœuvre de Berne sur la scène internationale. Pour Maria Zakharova, cet argument révèle précisément la volonté des autorités de conserver une neutralité adaptable aux circonstances et à leurs intérêts.
La diplomate russe rappelle que la Suisse a bâti pendant près de quatre siècles une partie de son identité politique, de son influence internationale et de sa prospérité sur le principe de neutralité. Selon elle, le refus de l’inscrire clairement dans la loi fondamentale montre que Berne ne souhaite pas être contrainte de l’appliquer dans les faits.
« La neutralité flexible de Berne se plie toujours dans le sens de ses intérêts », a-t-elle écrit. Pour la représentante russe, un principe que les autorités peuvent modifier selon leurs choix politiques ne peut plus être présenté comme une neutralité permanente.
L’alignement sur les sanctions européennes mis en cause
Moscou estime que cette évolution ne se limite pas au discours des autorités suisses. Elle se traduit concrètement par l’alignement de Berne sur les mesures restrictives adoptées par l’Union européenne contre la Russie.
Selon Maria Zakharova, la Suisse a repris une vingtaine de séries de sanctions européennes. Environ 2 600 personnes physiques et morales sont désormais visées par des mesures de gel d’avoirs dans le pays.
La porte-parole de la diplomatie russe a également évoqué la conférence organisée en juin 2024 au Bürgenstock autour de la « formule de paix » ukrainienne, sans participation de la Russie. Selon elle, l’exclusion de Moscou, pourtant directement concerné par le conflit, a sérieusement entamé la crédibilité de la Suisse en tant que médiateur.
Berne avait par ailleurs étendu ses sanctions antirusses le 15 juin, en ajoutant 16 personnes et sept organisations aux listes de restrictions.
Maria Zakharova conteste également cette politique sur le plan juridique. Se référant à l’article 9 de la cinquième Convention de La Haye de 1907, elle affirme qu’un État neutre doit appliquer ses mesures restrictives de manière égale aux différentes parties d’un conflit.
Or, souligne-t-elle, la Suisse s’est alignée sur l’Union européenne, qui apporte un soutien politique et militaire à Kiev. Pour la diplomatie russe, cette position place Berne aux côtés du camp occidental et remet directement en cause sa prétention à agir comme un acteur neutre.
Le passé suisse invoqué par Zakharova
Maria Zakharova a enfin replacé le débat dans une perspective historique en évoquant la politique de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale.
Elle a cité les conclusions de la commission indépendante dirigée par l’historien Jean-François Bergier. Selon ces travaux, la Banque nationale suisse avait acheté à la Reichsbank allemande de l’or pour une valeur d’environ 1,2 milliard de francs suisses.
Pour la porte-parole de la diplomatie russe, cet épisode montre que la neutralité suisse a déjà été adaptée à des intérêts économiques et politiques. « Dans les années 1940, cette neutralité s’adaptait aux intérêts de Berlin. Aujourd’hui, elle s’adapte à ceux de Kiev et de Bruxelles », a-t-elle déclaré.
Pour Maria Zakharova, le scrutin du 27 septembre dépassera donc la seule question constitutionnelle. Il devra montrer si la Suisse entend revenir à une neutralité permanente, clairement définie et appliquée de manière cohérente, ou continuer à subordonner ce principe à son alignement politique sur l’Union européenne.