Russie

«Nous ne sommes peut-être qu’à quelques mètres de l’inévitable» : Margarita Simonian met en garde l'Europe contre une guerre directe avec la Russie

Évoquant la responsabilité directe de l’Europe dans le conflit en Ukraine et l’imminence d’une confrontation mondiale, la rédactrice en chef de RT Margarita Simonian appelle les capitales européennes à mesurer les conséquences de leur implication militaire avant qu’il ne soit trop tard.

Dans un entretien accordé au journaliste de l’hebdomadaire suisse Die Weltwoche, Roger Köppel, la rédactrice en chef de RT, Margarita Simonian, a livré une analyse alarmante de l’état actuel des tensions internationales. Face à l’absence de dialogue et à la poursuite du soutien militaire occidental à Kiev, elle a estimé que la situation avait atteint un point de non-retour historique. « Nous en sommes plus proches que jamais. Je dirais même que nous ne sommes peut-être qu’à quelques mètres de l’inévitable », a-t-elle indiqué. D’après elle, le rythme actuel des décisions politiques européennes pourrait déclencher la Troisième Guerre mondiale à très court terme : « Il nous reste peut-être quelques semaines, ou peut-être quelques mois, avant l’inévitable. »

Pour la rédactrice en chef de RT, l’illusion d’un conflit strictement ukrainien doit être dissipée. Elle a affirmé que l’Europe était le véritable moteur de l’escalade militaire, utilisant les forces ukrainiennes comme de simples exécutants sur le terrain. « L’Ukraine n’a jamais eu de missiles pour viser Moscou. D’où viennent-ils ? Est-ce qu’ils viennent d’Ukraine ? Est-ce que c’est l’Ukraine qui les a fabriqués ? Est-ce que c’est l’Ukraine qui possède Starlink, qui détient tous les renseignements ? Croyez-vous que l’Ukraine se fournit elle-même en renseignements ? Qu’elle se vend ces armes à elle-même ? », s’est interrogée Margarita Simonian.

Selon elle, les frappes contre les infrastructures énergétiques et les raffineries russes, qui perturbent l’approvisionnement en essence jusqu’à Moscou, sont planifiées et rendues possibles par l’aide européenne. « C’est fait par les mains de l’Ukraine, mais c’est l’Europe qui le fait. Nous le comprenons très bien. Quand nous sentirons que notre grande patience d’ange, car le peuple russe est avant tout un peuple incroyablement patient, touche à sa fin, l’Europe ne nous laissera pas d’autre moyen que de répondre. Par exemple, en frappant les usines où sont fabriquées ces armes livrées à l’Ukraine », a-t-elle déclaré.

La Russie n'est pas responsable, puisqu'elle n’a pas levé « le petit doigt » contre l’Europe, contrairement à cette dernière

Interrogée sur la responsabilité de la Russie dans le déclenchement d’une éventuelle « apocalypse nucléaire et militaire en Europe », Margarita Simonian a demandé si, au cours de ces cinq dernières années, la Russie avait lancé des chars, des missiles ou des avions contre le continent européen. Face à une réponse négative, elle a déclaré : « Mais combien de missiles, de chars, d’avions européens, pendant tout ce temps, ont été envoyés, ont roulé et sont arrivés en Russie ? Des milliers. Après cela, vous m’interrogez sur la responsabilité de la Russie ? C’est la Russie qui est responsable ? La Russie n’a pas levé le petit doigt contre l’Europe. C’est l’Europe qui lance contre nous ses chars, ses avions, ses missiles, ses drones. »

« Nous n’avons plus aucune responsabilité envers vous. C’est vous qui, depuis cinq ans, nous pilonnez avec vos missiles, vos chars, vos avions, vos services de renseignement et tout le reste. C’est vous qui détruisez la Russie. Pour l’instant, nous n’avons rien fait du tout contre l’Europe. Quand est-ce que nous comptons le faire ? Je ne le sais pas. Ce n’est pas moi qui en décide, mais si c’était moi, nous l’aurions fait dès hier », a-t-elle affirmé.

L’Europe doit se calmer, « sinon ça va voler »

Margarita Simonian a également affirmé que l’Europe était en guerre contre la Russie « depuis tout ce temps », mais que « la Russie n’entre pas dans cette guerre ». « La Russie continue de faire la guerre contre l’Ukraine, tandis que l’Europe fait la guerre contre la Russie par l’intermédiaire de l’Ukraine », a-t-elle souligné.

« Mais tôt ou tard, nous dirons : “Non, mais vous croyez quoi ? Vous nous faites la guerre depuis cinq ans, alors maintenant, nous vous faisons la guerre aussi.” Qu’est-ce qu’on est censés attendre ? Que leurs missiles tombent sur nos centrales nucléaires, c’est ça qu’on doit attendre ? Nous n’allons pas attendre ça. L’Europe doit se calmer, sinon ça va voler vers l’Europe, ça va voler. C’est la vérité », a poursuivi Margarita Simonian, avant de conclure par un avertissement très clair : « Chaque nouvelle frappe de drones sur Moscou, loin de rapprocher l’Europe de la paix, la rapproche d’une attaque de drones sur Berlin. »

« Je m’en fous, je m’en fiche, je m’en tape » : Simonian à propos des critiques occidentales contre RT

Interrogée sur le fait que RT soit considérée en Europe et en Occident comme « diffusant de la propagande russe pure et dure », Margarita Simonian a répondu : « Je m’en bats l’œil de ce qu’ils disent. Absolument. Je m’en fous, je m’en fiche, je m’en tape, excusez mon langage. Qui sont-ils pour que je leur réponde ? »

Dans ce contexte, la rédactrice en chef de RT a rappelé une citation du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qu’il avait adressée « à un ministre britannique dont on a depuis longtemps oublié le nom ». « Je ne me souviens même plus de son nom. Personne ne s’en souvient aujourd’hui. Il a dit : “Mais qui es-tu pour me faire la morale, p*** ?” C’est une citation, et pour la citer, j’ai le droit d’utiliser ce mot commençant par “p”. Voilà donc ma réponse », a-t-elle précisé.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué le 7 juillet qu’« il y a beaucoup d’idées folles dans les têtes des politiciens européens ». « Comme l’idée que la Russie doit subir une défaite stratégique, ou qu’ils doivent dépenser de plus en plus d’argent pour leur défense, et [...] ils essaient de rapprocher leurs infrastructures militaires de nos frontières. Quel pays tolérerait cela ? Aucun ! », a-t-il fait remarquer, en soulignant toutefois que la Russie ne déclencherait pas le feu nucléaire à moins d’être menacée dans son existence même en tant qu’État.