Chroniques

Féminicides : stop aux «Grenelle», oui à l'action

Pour Lydia Guirous, la lutte contre les féminicides – encore beaucoup trop nombreux en France – doit se faire par des mesures concrètes plutôt que par des «grand-messes narcissiques qui servent la soupe aux politiques en manque de communication».

La lutte contre les violences faites aux femmes est la grande cause du quinquennat, paraît-il.... et 18 mois après le fameux «Grenelle contre  les violences faites aux femmes» et malgré les brillants exercices de communication de Marlène Schiappa, 90 femmes ont été tuées par leur ex ou leur conjoint en 2020. 48 féminicides ont déjà été recensés depuis le début 2021.

Colmar, Metz, Hayange, Mérignac : le fil des drames est ininterrompu depuis plusieurs semaines. Des prénoms résonnent dans l'actualité mais rien ne se passe, si ce n'est une faible émotion collective face au drame vécu par ces femmes. Les inspections ont lieu, par l'IGA (Inspection générale de l'administration) et par l'Inspection du ministère de la Justice, mais rien ne semble endiguer les violences faites aux femmes.

Ces affaires présentent des points communs qui devraient faciliter l'ébauche d'une stratégie efficace

Pourtant, ces affaires présentent des points communs qui devraient faciliter l'ébauche d'une stratégie efficace : une volonté de séparation, la mort à domicile et parfois, des alertes nombreuses par plaintes ou main-courantes de violences conjugales ou de harcèlement.

Un rapport de l’Inspection générale de la justice, publié en novembre 2019, démontrait déjà à quel point les alertes restaient trop souvent sans réponse. Basé sur l’étude de 88 homicides conjugaux ou tentatives d'homicides définitivement jugés en 2015 et 2016, ce travail avait démontré que les deux tiers des victimes avaient subi des violences avant d’être tuées. Dans 41% des cas, elles les avaient même dénoncées aux forces de l’ordre. 80% de ces plaintes avaient été classées sans suite.

Pourtant des dispositifs existent, comme le téléphone «grave danger», l’ordonnance de protection, les bracelets anti-rapprochement ; mais ils restent peu utilisés par les juges et présentent de nombreuses failles techniques. A la date du 31 mai 2021, seulement 78 bracelets électroniques anti-rapprochement ont été distribués... sur les 1000 disponibles depuis l’automne. Est ce normal ? Les juges ne sont pas irresponsables : s'ils ne les imposent pas, c'est qu'ils n'en n'ont pas, faute de moyens... Allô Marlène, où est passé le milliard d'euros promis aux femmes en 2020 pour les sauver ? Allô Marlène ? Où en est on concernant le nombre de places d’hébergement d’urgence ?

On incite les femmes à porter plainte, on instrumentalise leur souffrance pour faire des grandes messes politiques compassionnelles, mais ensuite on les laisse au milieu du gué. En effet, il ne faut pas oublier que la plainte peut amplifier la violence et donc qu'il faut être prêt à isoler les femmes qui portent plainte, notamment si la personne mise en cause est sujet à la violence.

La création d’un fichier de prévention des violences intrafamiliales annoncé par Gérald Darmanin pourrait améliorer la protection des victimes. Accessible aux forces de l’ordre, à la justice, aux préfets, il aura vocation à recenser toute information permettant de mieux évaluer le danger, comme des condamnations passées ou la détention de port d’armes. Ce fichier serait également relié à celui des personnes recherchées et des antécédents judiciaires. Espérons que cette mesure concrète de Gérald Darmanin améliore le repérage des signaux faibles. Mais une chose est sûre, il faudra plus de places d'hébergement d'urgence... Autrement, les drames continueront ponctuer notre actualité au fil des mois. En cette période d'élections départementales et régionales, je pense qu'il y aurait un enjeu pour nos élus à investir plus ce sujet pour y apporter des réponses concrètes. 

Mais par pitié, arrêtez les «Grenelle» et autres grandes messes narcissiques qui servent la soupe aux politiques en manque de communication, aux associations toujours en concurrence pour vivre de la manne publique et à de pseudo-intellectuels de ce sujet à la recherche de tribunes et de colloques... Cela est indigne pour toutes ses femmes mortes sous les coups de leur conjoint et parfois sous les yeux de leurs enfants.

Lydia Guirous