Jean-Frédéric Poisson : «Alain Juppé et François Fillon sont les candidats de droites différentes»

Le candidat à la primaire pour le Parti Chrétien-Démocrate explique les raisons de son soutien à François Fillon et revient sur l'agitation médiatique contre ce dernier. Quel que soit le résultat final, le député sort satisfait de cette expérience.

RT France : Vous avez pu discuter avec François Fillon des sujets qui vous importent et avec lesquels vous étiez en désaccord, comme la famille ou le dialogue social. Il vous reste néanmoins des points de division concernant sa position sur le «Mariage pour Tous» et son programme économique que vous jugez trop libéral. Pensez-vous finir par arriver à un compromis ?

Jean-Fréderic Poisson (J.-F. P.) : Il m’a donné des explications sur les différents sujets qui comptaient pour moi et je suis satisfait de ses réponses. Elles constituent pour moi un plan de travail que je considère important et significatif. Cela permet d’envisager sereinement de le soutenir dimanche prochain.


RT France : Jusqu’au dernier moment, personne ne s’attendait à ce que François Fillon arrive premier, surtout pas les sondeurs, qu’est-ce qui a permis cela à votre avis ?

J.-F. P. : D’abord, il faut dire que les sondages se trompent souvent, surtout en ce moment. Les opinions politiques sont très volatiles, les électeurs ont une forme de crainte palpable à l’égard de l’avenir. C’est vrai en France et dans d’autres pays. Ils contestent très énergiquement la manière dont les pouvoirs publics en Europe gèrent la construction européenne et assurent la domination du marché sur les relations sociales. Cela inquiète beaucoup le peuple européen et ça a conduit le peuple américain à élire Donald Trump.

Il faut aussi prendre en compte le phénomène du vote utile qui s'est porté sur François Fillon avec plusieurs intentions. Celle certainement d’évacuer Nicolas Sarkozy du second tour de la primaire. C’était extrêmement brutal pour l’ancien président de la République, mais c’est la réalité. Il y aussi le fait qu’un certain nombre de votants de l’électorat réputé conservateur français ont vu dans François Fillon un candidat qui pouvait porter jusqu’au plus haut sommet de l’Etat leurs préoccupations, même s’ils n’étaient pas entièrement d’accord et satisfaits de tous les aspects de son projet. Ils ont voté pour lui dans un contexte de vote utile, considérant que c’était le seul choix raisonnable, à défaut d’être le choix le plus convaincu. Je pense enfin qu’il y a un effet de mobilisation qui a joué. Nous sommes dans la fourchette haute avec quatre millions d’électeurs. Ce chiffre n’a jamais été envisagé par les instituts de sondage et a bouleversé les prévisions faites jusque-là. Ces trois facteurs conjugués ont évidemment conduit à l’incapacité des sondeurs de prévoir le résultat.

Une partie des médias français considèrent sa position comme conservatrice et insupportable, donc ils lui font la peau

RT France : Depuis l’annonce de ce résultat on a l’impression que les médias, les réseaux sociaux et l’opinion publique découvrent le programme de François Fillon. Lui qui était décrit jusqu’à présent comme le discret troisième homme de cette primaire voit Libération mixer son visage avec celui de Margaret Thatcher, on le présente comme pro-Poutine, on exhume son vote de 1982 sur la dépénalisation de l’homosexualité. Comment expliquez-vous ce changement médiatique ?

J.-F. P. : D'abord, il a gagné. Et gagné largement ! Ce qui provoque un effet de surprise brutal. Puis, Il est très clairement engagé sur des sujets que la presse considère comme politiquement incorrects. Une partie des médias français considèrent sa position comme conservatrice et insupportable, donc ils lui font la peau. Je pense que la tonalité de la campagne d’Alain Juppé, dès l’annonce des résultats, était volontairement très offensive sur ces sujets. Cela contribue aussi à alimenter ces réactions. Enfin, il y a une question encore pendante, mais qui va surgir au cœur du débat télévisé : celle de la réforme de la fonction publique et de la réduction du nombre des fonctionnaires. Elle inquiète également beaucoup l’ensemble de la télévision et des radios publiques en France.

Si vous mélangez tout cela, vous avez une forme de conjonction d’intérêts. Grosso modo, vous avez Alain Juppé, candidat de la gauche française, et François Fillon, candidat de la droite française, mais qui sont des candidats de deux droites bien différentes.


RT France : Le PCD va-t-il rester l'allié des Républicains, si Alain Juppé remporte le deuxième tour et devient le candidat de la droite et du centre pour la présidentielle ?

J.-F. P. : J’ai pris l’engagement personnel de le soutenir, je le tiendrai. J’ai toujours dit que je le ferais pour des raisons morales, parce que ma signature a du prix. J’entends donc la respecter. Mais pour l’instant, je n’aurais que des raisons d'éthique personnelle de soutenir Alain Juppé et assez peu de raisons politiques.

Avec le Parti Chrétien-Démocrate, nous avons gagné une véritable crédibilité sur le plan politique que personne ne conteste


RT France : Quel bilan tirez-vous de cette primaire, vous qui avez été au cœur même de l'action ?

J.-F. P. : D’abord la satisfaction d’avoir pu porter sur la scène nationale les convictions de notre formation politique est toujours une grande satisfaction. Deuxièmement, nous en avons retiré, le PCD et moi-même, un accroissement très net de la notoriété de notre mouvement politique. Nous avons gagné une véritable crédibilité sur le plan politique que personne ne conteste. Troisièmement, notre formation s'en est vu renforcée. Des personnes que nous ne connaissions pas sont venues s'agréger sur nous. Des individus désireux de s’engager sur le plan politique ou qui nous ont manifesté un soutien et un intérêt profonds. C’est un vrai bénéfice de cette campagne. Le caractère national de cette échéance nous a renforcé sur tous les aspects.


RT France : Si demain la primaire devait recommencer, que changeriez-vous dans votre campagne ?

J.-F. P. : Pas grand-chose. Peut-être mettrais-je plus l'accent sur certains des sujets les plus chers et que nous n’avons pas eu beaucoup le temps d’aborder. Tout ce qui touche à la lutte contre la pauvreté ou le revenu universel. Des thèmes qui sont ancrés chez nous depuis longtemps. En n'ayant pas su saisir cette opportunité, j’ai le sentiment de ne pas avoir pu défendre suffisamment ces idées-là.

A part cela, nous avons fait une bonne campagne. On ne s’est pas trompé de stratégie, ni sur le plan numérique, ni sur celui des idées. Les électeurs de la droite et du centre ont été 94% à porter leur suffrage sur des personnes qui ont exercé des responsabilités de chef de l’Etat ou de Premier ministre. C'est un signe clair d’une volonté de porter à la tête de l’Etat des personnes qui ont de l'expérience. Les quatre candidats qui ne l'avaient pas se sont partagés les derniers 7%. Pour moi, cela montre l’inquiétude du peuple français.

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