Café froid, dîner chauffé au micro-onde : une peine «inhumaine» pour le pire assassin de Norvège

Le journaliste norvégien Finn Erik Robstad revient sur une affaire étonnante : le détenu le plus redouté de Norvège, Anders Behring Breivik, a gagné un procès, forçant la prison où il purge sa peine à lui autoriser d’interagir avec d'autres détenus.

Le tribunal d'Oslo a jugé que le tueur Anders Breivik était gardé dans des conditions «inhumaines et dégradantes» et que son isolement violait l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Breivik a été emprisonné après avoir tué 77 personnes dans un attentat en 2011, devenant ainsi le tueur le plus meurtrier de Norvège.

Le gouvernement norvégien va désormais devoir payer à Breivik des frais judiciaires de 330 000 couronnes (près de 35 700 euros).

RT : Un assassin qui a tué des dizaines de personnes remporte son procès. Il lui a été donné raison, y compris dans ses plaintes concernant le café froid qui lui aurait été servi en prison. Comment les Norvégiens réagissent-ils ?

Personne d'autre en Norvège ne dispose de conditions similaires aux siennes

Finn Erik Robstad (F. R.) : Je pense que tout le monde a été surpris lorsque nous avons entendu le verdict. L'émotion est telle dans ce genre de cas ! Cet assassin a ôté 77 vies - des enfants ou de jeunes adultes pour la plupart. Lorsque […] il a gagné son procès contre le gouvernement quant à la façon dont il purge ces meurtres, cela a bien sûr été une surprise.

RT : La Norvège devrait-elle s’attendre à des réclamations similaires provenant d'autres prisonniers, mécontents face à leurs dîners réchauffés au micro-onde ?

F.R. : Personne d'autre en Norvège ne dispose de conditions similaires aux siennes. Je ne pense pas que ce sera le cas. Il est le seul à poursuivre le gouvernement pour ses conditions de détention. C’est le prisonnier le plus dangereux de toute la Norvège. Ce qui est problématique est que, maintenant qu’il a gagné, il doit désormais être en contact avec d'autres détenus de la prison. Et ce sera un problème car aucun autre détenu, en Norvège, ne voudra purger sa peine avec lui. Le mettre dans une cellule avec un autre détenu serait presque impossible à ce stade. Le gouvernement norvégien a également été pris de court, je pense, par le résultat de cette affaire. Donc, il sera très intéressant de voir s’il font appel ou non. Je suppose qu’ils le feront certainement [car ils] ne peuvent pas en rester là avec ce verdict. Je pense qu’indubitablement ils feront appel.

 Il n'est pas question de raccourcir son temps en prison

RT: L'une des plaintes de Breivik concernait son isolement. Tente-t-il de modifier sa peine ?

F. R. : Il est très important de souligner le fait qu'il a été condamné pour meurtres - il a reçu 21 ans [d’emprisonnement]. Il n'est donc pas question de raccourcir son temps en prison. Ce procès touche aux conditions de détention. Comment va-t-il purger sa peine en prison ? Je ne pense pas qu'il y ait la moindre chance de le faire sortir ou de réduire son temps en prison. Ce verdict fait réfléchir à quelque chose dont nous n’avons jamais discuté ou qui n’a jamais suscité de problème : comment traitons-nous les plus dangereux de nos prisonniers ?

Nous allons donc voir des changements si ce verdict reste en vigueur. La Norvège aura à réévaluer la façon dont nous traitons Anders Behring Breivik. Il devra alors avoir là-bas plus de contacts avec d'autres personnes, comme des amis ou [des membres de] sa famille, ou peut-être même des adeptes. Nous ne savons pas comment cela va fonctionner. Ce que nous savons, c’est que si le verdict reste en vigueur, le gouvernement norvégien doit faire quelque chose quant à la façon dont il purge sa peine.

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