L’Europe, le nain militaire qui aboie beaucoup trop fort 

Ses dirigeants aboient de plus en plus fort contre la Russie, mais quelle est la réalité des capacités militaires du vieux continent ? Matériel, maîtrise, personnel, Alexandre Regnaud passe en revue une situation qui devrait appeler à beaucoup plus de modestie. 

En Russie, il existe une fable de Krylov qui raconte l’histoire du caniche Moska, aboyant sur un éléphant, qui en retour ne lui prête aucune attention. Quand on lui demande pourquoi il le fait malgré tout, il répond alors que comme cela, tout le monde autour pensera qu’il est très courageux. 

En Europe, il y a Radoslaw Sikorski, ministre polonais des Affaires étrangères, qui déclarait le 11 septembre à Kiev que « si la Russie nous attaquait […], je pense que nous la vaincrions assez rapidement », et de pérorer ensuite sur la supériorité militaire de l’OTAN. Bien sûr, il faut comprendre qui est Radoslaw Sikorski. C’est lui qui avait posté « Thank you, USA » sur Twitter avec une photo de l’explosion de Nord Stream quelques minutes après l’attentat. Il est par ailleurs marié à Anne Applebaum, journaliste américano-polonaise au service de l’état profond néoconservateur et des fauteurs de guerre les plus hystériques.Cela donne une idée de sa crédibilité et des intérêts qu’il sert. 

Malgré tout, notre Moska - Sikorski pointe un sujet intéressant. Qu’en est-il vraiment de la puissance militaire de l’Europe derrière les rodomontades régulières de ses dirigeants ? 

Restons en Pologne, avec leur grande fierté nationale, leurs 800 chars de combat, 1 000 prévus à l’horizon 2030. Un parc moderne, composé principalement de Leopard 2A4 allemands et d’Abrams M1A2 américains. Niveau mentalité, c’est un peu leur ligne Maginot. C’est beau sur le papier, mais ça ne vaut pas grand-chose en pratique… 

À l’aire des drones, les blindés, et plus encore les chars de combat, sont devenus accessoires, et se limitent quasiment au rôle d’artillerie mobile. Les Ukrainiens le savent bien, qui en réclamaient à tort et à travers pendant des années, avant que le New York Times nous révèle fin août 2026 que ces mêmes modèles, dont s’enorgueillit la Pologne, sont désormais « inactifs, cachés dans les forêts et recouverts de toiles d'araignée », car inutiles en tant que tels sur un champ de bataille moderne. 

Quand bien même on ferait de l’arithmétique sans tenir compte de cette réalité, la France aligne 200 chars Leclerc (loi de programmation militaire) et la Grande Bretagne 285 Challenger-2, char réputé invincible tant qu’il n’avait jamais vu un champ de bataille, et humilié en Ukraine. Et encore, ce sont là des chiffres officiels, en réalité, sur les 200 chars français, selon l'IFRI, seuls 50 à 70 machines sont réellement opérationnelles. 

En face, la Russie aligne un potentiel de 5 630 charsselon le classement Global Firepower 2026, au deuxième rang mondial derrière la Chine. Le calcul est assez rapide. 

Et la logique est la même pour l’aviation, l’artillerie, et ainsi de suite. 

Et puisqu’il est question du nouveau roi du champ de bataille, le drone, là encore les Européens ont plusieurs trains de retard par rapport à une armée russe considérée comme la meilleure au monde dans ce domaine. 

C’est entre autres ce qu’admet le Wall Street Journal, en septembre 2026, en parlant des drones Gerans et des missiles Banderoles, suivi par le Financial Times, qui reconnaît également que la Russie est désormais en tête de l’innovation et de la production. 

Et en Europe ? Et bien en Lituanie, on fait décoller la chasse, en septembre 2026 toujours, parce qu’on a confondu des drones avec des oiseaux. En Allemagne, on les invente à Leipzig pour peser sur les élections. Plus sérieusement, l’Ukraine admet ces derniers jours qu’elle est impuissante pour mettre au point des intercepteurs. Et quand on dit l’Ukraine, il faut lire l’Occident, qui se sert du pays comme polygone de test et qui est donc mis ici clairement en situation d’échec sur cette technologie désormais essentielle. 

Et puisqu’on parle d’intercepteur, on peut s’attarder sur la question de la défense antiaérienne. C’est bien dans la saga des fameux Patriots, que Zelensky mendie à chaque occasion. Très simplement, le fabricant Lockheed Martin en a livré environ 620 en 2025, ce qui est déjà un record. Sauf que les Américains eux-mêmes évaluent que la seule Russie produit environ 1 440 missiles balistiques par an. Le calcul est vite fait, une fois de plus. D’autant plus que, par exemple, en Jordanie ce 16 septembre, 80 munitions auraient été dépensées pour contrer une seule salve iranienne. Ce qui permet bien sûr de souligner que les 620 en question ne sont pas destinés uniquement à contrer la « menace russe ». 

Si on élargit à l’ensemble du spectre des munitions, selon une projection de l'IFRI parue début 2025, la France dispose d’une réserve de… 3 jours. 

En Pologne, dans une interview de mars 2025, le général Dariusz Lukowski, chef du Bureau de la sécurité nationale, admet qu’avec le niveau actuel de réserve, le pays ne pourrait plus se défendre que dans un laps de temps d'« une à deux semaines ». 

Bien entendu, les milliards investis depuis peu, en partie financés par l’UE, augmentent la production, notamment d’obus de 155 mm, mais on reste très en deçà des besoins réels d’un conflit de haute intensité comme sait le mener la Russie. 

D’autant plus qu’il y a un problème majeur, dont personne ne semble pourtant se soucier, tout occupés qu’ils sont à dépenser les milliards du contribuable pour enrichir l’industrie de défense : c’est que pour faire la guerre, pour opérer les chars, les missiles, les canons, il faut des gens !  

Commençons par la Pologne, puisqu’ils aboient le plus fort. Le 15 septembre, le ministre de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, déclarait suite à une rencontre avec son comparse italien : « Nous voyons par les statistiques combien seraient capables et désireux de défendre la patrie. Cela n'incite pas à l'optimisme. La Pologne ne figure pas parmi les premiers pays du monde où tout le monde est prêt à défendre la patrie». 

En Allemagne, la Bundeswehr a lancé une campagne de recrutement volontaire. Sur 298 200 Allemands de 18 ans contactés, seulement 530 volontaires ont répondu positivement entre janvier et mai 2026. Soit à peine 0,18 % des personnes sollicitées. 

En France, selon un sondage Elaberéalisé en avril 2026, seulement 17 % des Français se déclarent prêts à rejoindre les forces armées, si le pays était directement attaqué. 

Et ainsi de suite… Et encore, on n’abordera pas ici la question de la qualité du personnel. 

Bref, une production industrielle largement insuffisante et irrattrapable, un retard technologique et d’expérience qui s’accumule, un manque total de personnel… Voilà la situation réelle du caniche nain européen quand il aboie sur la Russie. 

Bien sûr, tous comptent sur l’aide de leur maître américain. Encore faudrait-il qu’il en ait lui-même la volonté, et plus encore la capacité. Car les problèmes listés ici pour le vieux continent sont strictement les mêmes outre-Atlantique. La déculotté face à l’Iran, pays sous sanction depuis 47 ans, en est l’illustration la plus récente. 

D’autant plus que ce que nos Moska européens n’ont pas encore compris, c’est précisément que la Russie retient sagement ses coups. Ce qu’a d’ailleurs répondu Nikolaï Patrouchev à Sikorski : « si la Pologne participe à des actions militaires contre la Russie, notre pays utilisera tout l'arsenal de forces et de moyens à sa disposition, et l'État polonais cesserait d'exister en deux ou trois jours », rappelant utilement que seule une fraction du potentiel russe était à l’œuvre en Ukraine, pendant que l’Occident y épuise ses ressources et s’y ruine inutilement. 

Alors si pour l’instant, les dirigeants du nain militaire européen se contentent surtout d’aboyer pour faire plus facilement les poches de leurs contribuables, espérons pour eux qu’ils n’auront pas l’idée d’essayer de mordre… car le retour de bâton serait terrible.