L’Iran ne croit pas que les États-Unis et Israël respecteront le moindre accord

Après l'échec des négociations à Islamabad entre l'Iran et les États-Unis, Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue «La Russie dans les affaires mondiales», s'interroge sur l'avenir de ce conflit au Moyen-Orient.

Les négociations à Islamabad n’ont abouti à aucun résultat, ce qui était facilement prévisible, au vu des exigences exprimées par les parties. Comme prévu, la principale pierre d’achoppement est désormais le contrôle du détroit d’Ormuz. Conscient de la force de cet argument, l’Iran s’y accrochera. Le contrôle de cette artère de transport permet à Téhéran de maintenir un équilibre politique et d’en tirer des avantages économiques ; son abandon traduirait sans équivoque non seulement une capitulation, mais aussi le renforcement spectaculaire de la probabilité d’une défaite finale. L’Iran ne croit naturellement pas que les États-Unis et Israël respecteront le moindre accord, et il a tout à fait raison sur ce point.

Vers un blocus américain du détroit d'Ormuz ?

L’échec des négociations n’a pas suscité beaucoup de réactions jusqu’à présent. Elles pourraient suivre dans la matinée, heure américaine, lorsque le président Trump reprendra ses activités sur les réseaux sociaux. Pour l’heure, il a déclaré, avant de se coucher, qu’il pourrait imposer un blocus naval à l’Iran, c’est-à-dire bloquer le détroit de l’extérieur également. Comme avant les négociations, on a toujours l’impression que Washington est très réticent à reprendre les hostilités, car cela coûte cher, présente des risques et n’offre aucune garantie d’aboutir à quoi que ce soit. Israël poursuivra certainement ses offensives au Liban, tandis que le comportement de l’Iran est moins prévisible.

Une mondialisation qui s'érode

La situation pourrait rester inchangée. Ce n’est pas par hasard que Trump a déclaré à plusieurs reprises que les Américains eux-mêmes n’avaient pas besoin de ce détroit et que les exportateurs et les destinataires de cargos devaient veiller eux-mêmes à leur livraison et à leur sécurité. À court terme, il n’existe pas d’alternative sérieuse à cette voie d’approvisionnement en pétrole en provenance du Golfe, ni de véritable substitut aux volumes de pétrole en provenance de la région. Mais il est curieux de voir ce qui se passera dans le commerce mondial de l’énergie si la situation actuelle se prolonge et que les routes et les sources commencent à être réaménagées pour contourner cette partie du monde. Il pourrait en résulter un affaiblissement de l’intégrité du monde, les fournisseurs et les consommateurs se concentrant sur les clients et les sources qui leur sont accessibles en termes de transport et de géographie. La bonne vieille mondialisation s’érode de toutes parts.