Le 11 avril, des délégations américaine et iranienne se sont rendues au Pakistan, à Islamabad, pour tenter de négocier un plan de paix, alors que le président américain Donald Trump avait finalement accepté un cessez-le-feu de deux semaines.
Ce cessez-le-feu à peine conclu avait déjà été violé et dévoyé. Des cibles en Iran avaient été touchées, quand Israël renforçait ses tirs contre des quartiers résidentiels au Liban, atteignant un triste record de victimes parmi la population.
Afin de soutenir Israël, les États-Unis ont finalement affirmé que l’Iran avait certainement « mal compris », le cessez-le-feu ne concernant pas le Liban. Dans le même ordre d’idées, alors qu’initialement Donald Trump avait déclaré le plan iranien de paix comme un bon début de discussion, la porte-parole de la Maison Blanche a ensuite rapidement affirmé que jamais le président américain ne prendrait en considération ce plan iranien, car il ne s’intéressait qu’à la défense des « intérêts américains ».
Autrement dit, avant même leur lancement, les pourparlers de paix étaient mal partis. À tel point que le président du Parlement iranien s’interrogeait ouvertement sur l’intérêt qu’ils pourraient présenter et la nécessité d’y participer. Et de préciser que l’Iran n’est prête qu’à de véritables négociations, non pas à une parodie : « S'ils ont l'intention d'utiliser les négociations comme un spectacle futile ou une tromperie, nous sommes prêts à protéger nos droits en croyant en Dieu et en nous appuyant sur les capacités de notre nation. »
Malgré tous ces aléas, les deux délégations se sont retrouvées à Islamabad. Il était envisagé par les Américains, dans un premier temps, de poursuivre ces négociations sur deux jours. Et comme à leur habitude, le lancement des pourparlers s’est accompagné de déclarations plus qu’optimistes de leur côté, qui furent régulièrement démenties par les Iraniens. Manifestement, les manuels de technique de vente ont été pris à la lettre par les communiquants américains.
Les négociations dans l'impasse
Alors que les États-Unis insistaient sur le libre passage au contrôle partagé du détroit d’Ormuz et l’interdiction de l’enrichissement de l’uranium (sans vraiment préciser s’il s’agissait de l’uranium uniquement militaire ou également civil), l’Iran rappelait ses positions de bases, à savoir : son contrôle sur le détroit d’Ormuz, des réparations de guerre, une remise en cause des sanctions, le déblocage des actifs gelés et un cessez-le-feu, qui s’applique sur tous les fronts (donc également au Liban).
Très rapidement, les parties ont reconnu l’impasse. La question du détroit d’Ormuz ne peut être réglée par un compromis, mais il semblerait que ce ne soit pas le seul obstacle. Les Américains jugent les revendications iraniennes inacceptables, quand les Iraniens déclarent les revendications américaines excessives.
Les deux délégations n’ont pu aboutir à un accord pour deux raisons principales : leurs exigences portent des visions du Monde diamétralement différentes et incompatibles ; les Américains ne sont pas venus négocier à Islamabad, mais vaincre.
Il n’est pas toujours possible d’obtenir un compromis.
Les États-Unis partent du principe de la supériorité de leurs intérêts sur ceux des autres pays et, en général, ne considèrent pas ces autres intérêts comme légitimes. C’est le principe même d’un Monde global, puisque dans cette configuration, il ne peut y avoir qu’un seul centre de pouvoir, dont les seuls intérêts sont légitimes. Si différents États peuvent avoir le droit de demander le respect de leur intérêt national, alors nous ne sommes plus dans un système global de gouvernance.
L'Iran, porte-parole d'un Monde déglobalisé
Or, c’est bien ce Monde déglobalisé, que revendique l’Iran à travers ses exigences. Les autorités iraniennes veulent obtenir la prise en compte de leur intérêt national et la reconnaissance de leur souveraineté, d’où le contrôle du détroit d’Ormuz, d’où la levée des sanctions, la restauration des actifs gelés et évidemment les réparations de dommages causés suite à l’agression américano-israélienne.
Obtenir un compromis ici n’est simplement pas possible, puisque ces deux visions du Monde s’excluent l’une l’autre. Et dans la vision portée par Donald Trump, les États-Unis ne peuvent que gagner. Ainsi déclare-t-il pendant que le processus est en cours : « Nous verrons ce qui se passe. Quoi qu'il en soit, nous gagnons... Peut-être concluent-ils un accord ; peut-être pas. Cela n'a pas d'importance. Du point de vue de l'Amérique, nous gagnons. ».
Ces déclarations sont particulièrement significatives de la manière dont les négociations sont envisagées par eux. Il ne s’agit pas, comme cela se doit dans tout processus de ce genre, d’envisager des compromis, donc de faire des concessions de part et d’autre. Et surtout de tenir la parole donnée. Une seule voie de sortie est acceptée : celle de la victoire.
Les Américains refusent tout compromis
Cette approche tue le principe même des négociations diplomatiques, des pourparlers. Et cela ne concerne pas que les négociations avec l’Iran. Celles avec la Russie au sujet du conflit en Ukraine ressortent de la même logique.
Comme le formule très justement la délégation iranienne : « Ce que les États-Unis n'ont pas réussi à obtenir en 40 jours de guerre, ils espèrent l'obtenir facilement lors des négociations. »
Cela n’ayant pas fonctionné, JD Vance agite à nouveau la soi-disant menace nucléaire : « Nous devons voir un engagement affirmatif selon lequel ils ne chercheront pas à obtenir une arme nucléaire, et ils ne chercheront pas les outils qui leur permettraient d’en acquérir rapidement une. ».
Si cela vous rappelle la menace des soi-disant armes chimiques en Irak, ce n’est pas un hasard...
D’un point de vue tactique, la question du renforcement de l’engagement militaire des États-Unis et une pression accentuée sur les pays de l’OTAN va se poser très rapidement. Il est évident que ni Israël, ni les États-Unis ne peuvent remporter de victoire dans cette configuration, mais ont-ils les moyens militaires d’un engagement fort et le capital politique, qui ferait passer une telle décision ? Rien n’est moins sûr.
Le tigre de papier n’est pas forcément celui que l’on croît...
D’une manière stratégique, cette administration américaine a totalement discrédité tout processus de négociation, à force d’en violer systématiquement toutes les règles traditionnelles.
Et c’est une leçon qu’il faudra tirer sur les autres fronts.