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Tensions franco-britannique sur la pêche : Londres prépare un recours face aux menaces françaises

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est plaint auprès de la Commission européenne des menaces «complètement injustifiées» de Paris à propos des licences de pêche. Londres préparerait «activement» une procédure inédite contre la France.

Le dossier pêche envenime les relations entre Paris et Londres. Si bien que le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est plaint le 30 octobre des menaces françaises auprès de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der leyen.

Cette nouvelle montée des tensions intervient à la veille d'une rencontre prévue le 31 octobre entre Boris Johnson et le président français Emmanuel Macron et au lendemain de la convocation par Londres de l'ambassadrice de France Catherine Colonna.

Lors d'une rencontre avec Ursula von der Leyen le 30 octobre au sommet du G20 à Rome, Boris Johnson a fait part selon Downing Street de ses «préoccupations à propos de la rhétorique du gouvernement français» sur ce sujet inflammable entre la France et le Royaume-Uni.

De son côté, Ursula von der Leyen a tweeté que la Commission était «intensément engagée pour trouver des solutions».

La France reproche au Royaume-Uni d'accorder en trop petit nombre des licences post-Brexit à ses pêcheurs. Elle a promis faute d'amélioration d'interdire dès le 2 novembre aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et de renforcer les contrôles douaniers de camions.

Loin de s'apaiser avant le G20, la tension est encore montée le 29 octobre avec la menace de Londres de mettre en œuvre des «contrôles rigoureux» sur les bateaux européens frayant dans ses eaux, si Paris met effectivement ses menaces à exécution.

Pour la photo de famille du G20, Boris Johnson est arrivé en saluant Emmanuel Macron d'une manière exagérément combative, mais les deux hommes n'ont pas semblé se parler. Ils doivent le faire le 31 octobre en tête-à-tête.

Le président français a estimé dans une interview au Financial Times que la «crédibilité» du Royaume-Uni était en jeu.

L'accord post-Brexit, conclu in extremis fin 2020 entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à certaines conditions.

Londres affirme avoir accordé 98% des demandes de licences de navires de l'UE pour pêcher dans ses eaux, un chiffre contesté par la France, qui parle de 90%.

Pour Boris Johnson, ce différend avec la France, c'est «franchement du pipi de chat»

Boris Johnson a indiqué le 30 octobre qu'il était prêt à activer pour la première fois un outil de règlement des conflits prévu dans les accords post-Brexit avec l'UE.

«Non, bien sûr que non, je ne l'exclus pas», a-t-il ainsi déclaré à la chaîne Sky News en marge du G20, ajoutant : «S'il y a une violation du traité ou si nous pensons qu'il y a une violation du traité, alors nous ferons ce qui est nécessaire pour protéger les intérêts britanniques.» Et cela pourrait donc passer par des mesures de rétorsion dans le cadre dit de l'Accord de Commerce et de Coopération.

«Mais je crois que ce que tout le monde veut, c'est la coopération entre les alliés européens et Emmanuel Macron», a-t-il ajouté.

Dans une série de tweets, le secrétaire d'Etat britannique chargé du Brexit, David Frost, a renchéri en précisant que Londres envisageait «activement» de lancer la procédure de résolution des différends.

Il a appelé l'Union européenne et la France à renoncer à la «rhétorique et aux actions qui rendent la situation plus difficile», faisant part de l'«inquiétude» et la «surprise» de Londres face aux termes employés par le Premier ministre français Jean Castex dans une lettre à Ursula von der Leyen, qui a fait vivement réagir à Londres.

Dans ce courrier révélé par le média Politico, le chef du gouvernement français estime qu'il est «indispensable de montrer clairement aux opinions publiques européennes que le respect des engagements souscrits n'est pas négociable et qu'il y a davantage de dommages à quitter l'Union européenne qu'à y demeurer».

Dans ce contexte, un bateau britannique soupçonné de pêche illégale dans les eaux françaises était toujours à quai au Havre le 30 octobre dans l'attente du versement de 150 000 euros de caution. Son capitaine doit être jugé en août prochain.

Avant l'ouverture de la COP26 sur le climat le 31 octobre à Glasgow, Boris Johnson a estimé que le conflit sur la pêche était «franchement du pipi de chat, accessoire, en comparaison avec la menace contre l'humanité à laquelle nous sommes confrontés».