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L'UEFA rejette l'illumination du stade de Munich aux couleurs arc-en-ciel pour accueillir la Hongrie

L'UEFA a opposé une fin de non-recevoir à la demande d'élus munichois d'éclairer l'Allianz Arena aux couleurs de l'arc-en-ciel lors de la réception de l'équipe hongroise. Budapest a salué la décision de l'instance, Paris la regrette.

Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Clément Beaune a dit le 22 juin «regretter» le refus de l'UEFA de permettre l'illumination du stade de Munich aux couleurs arc-en-ciel de la communauté LGBT pour le match de l'Euro Allemagne-Hongrie du 23 juin. 

Une motion au conseil municipal de la ville souhaitait que «la capitale bavaroise s'engage en faveur de la diversité, de la tolérance et d'une véritable égalité dans le sport et dans la société en général». Elle demandait également au maire Dieter Reiter de faire pression sur l'UEFA.

«De par ses statuts, l'UEFA est une organisation politiquement et religieusement neutre», a expliqué l'autorité organisatrice de l'Euro de football, poursuivant : «Etant donné le contexte politique de cette demande – un message visant une décision prise par le Parlement national hongrois –, l'UEFA doit refuser cette requête.»

L'instance a néanmoins proposé d'autres dates pour l'illumination du stade aux couleurs symboles de la communauté LGBT.

Dieu merci, les dirigeants du football européen ont fait preuve de bon sens [...] en ne participant pas à ce qui aurait été une provocation politique envers la Hongrie

La municipalité de Munich a en réaction jugé «honteuse» cette décision et va décorer plusieurs bâtiments de la ville aux couleurs de l'arc-en-ciel. «Nous, à Munich, nous ne nous laisserons en aucun cas empêcher d'envoyer un signal clair à la Hongrie et au monde», a déclaré à la presse Dieter Reiter, annonçant que l'hôtel de ville, ou encore une tour et un moulin situés à proximité du stade Allianz Arena seraient décorés avec des drapeaux aux couleurs de l'arc-en-ciel. La Hongrie a dans la foulée salué «la bonne décision» de l'UEFA. «Dieu merci, les dirigeants du football européen ont fait preuve de bon sens [...] en ne participant pas à ce qui aurait été une provocation politique envers la Hongrie», a fait savoir le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto à l'AFP.

«Je regrette cette décision, je crois que cela aurait été un symbole très fort», a lui insisté Clément Beaune à l'AFP, «on est au-delà d'un message politique, c'est un message de valeurs profondes». Le secrétaire d'Etat, qui s'exprimait à son arrivée à une réunion avec ses homologues européens à Luxembourg, a fait part de «la très forte préoccupation française» à propos de la loi votée en Hongrie le 15 juin interdisant la «promotion» de l'homosexualité auprès des mineurs. Cette nouvelle législation a suscité un fort émoi parmi les politiques des pays membres de l'Union européenne et de la Commission.

Une nouvelle législation hongroise contre la promotion de l'homosexualité auprès des mineurs

«[Cette loi] crée manifestement une discrimination envers une orientation sexuelle, envers l'homosexualité qu'elle assimile à une forme de menace ou de propagande, on ne peut pas accepter ce discours, on ne peut pas accepter cette atteinte aux valeurs», a estimé Clément Beaune, expliquant que la France partageait ces préoccupations avec le Benelux et l'Allemagne.

Treize pays de l'UE dont l'Allemagne, la France et l'Espagne ont d'ailleurs appelé ce 22 juin la Commission européenne à utiliser «tous les outils à sa disposition» pour faire respecter le droit européen face à cette loi hongroise qu'ils jugent «discriminatoire» à l'encontre des personnes LGBT.

La déclaration, à l'initiative de la Belgique, a ainsi été signée par douze autres Etats membres, lors d'une réunion des ministres des Affaires européennes à Luxembourg. «Nous exprimons notre profonde inquiétude quant à l'adoption, par le Parlement hongrois, d'amendements discriminatoires, à l'égard des personnes LGBTQI et violant le droit à la liberté d'expression sous prétexte de protéger les enfants», écrivent-ils.

Clément Beaune a par ailleurs affirmé que la France «réfléchissait» à des initiatives similaires à celle de la municipalité de Munich dans ses stades : «Nous y réfléchissons avec la ministre des sports [Roxana Maracineanu], pour manifester cet attachement européen pendant l'Euro à nos valeurs essentielles», a-t-il déclaré. Le secrétaire d'Etat avait fait son «coming out» en décembre 2020. Ces derniers mois il s'est plusieurs fois exprimé pour défendre les droits des homosexuels notamment en Pologne. Il a qualifié de «scandale absolu» la mise en place de zones «libres d'idéologie LGBT» dans plusieurs communes de ce pays.

La Hongrie avait réagi de son côté en estimant «extrêmement nuisible» de mêler la politique au sport lors de l'annonce du souhait des élus de la ville de Munich. Son chef de la diplomatie avait ironisé : «L'expérience historique montre que c'est une mauvaise chose et plus que quiconque, les Allemands le savent bien», selon des propos rapportés par l'agence de presse MTI.