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Zelensky invite Poutine à le rencontrer dans le Donbass

Au cours d'un discours à la nation, le président ukrainien a invité son homologue russe à le rencontrer dans la région du Donbass où les heurts se sont multipliés depuis janvier entre rebelles et forces ukrainiennes.

Un tournant inattendu dans la crise qui fuse depuis un mois entre l'Ukraine, la Russie et l'Europe. A l'occasion d'un discours à la nation ce 20 avril, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a invité son homologue russe Vladimir Poutine non pas à une visite d'Etat, mais pour une simple rencontre dans la région ukrainienne du Donbass, en proie à un conflit armé entre les rebelles et les forces de Kiev depuis 2014. 

«Monsieur Poutine ! Je suis prêt [...] à vous proposer de me rencontrer dans n'importe quel endroit du Donbass ukrainien où la guerre se poursuit», a-t-il déclaré, s'exprimant en russe. «Le président russe a dit un jour : "si une bagarre est inévitable, il faut attaquer le premier". Mais, à mon avis, chaque leader doit comprendre qu'une bagarre ne peut être inévitable quand il s'agit [...] d'une vraie guerre et de millions de vies», a-t-il poursuivi. 

Pour l'heure, le président russe n'a pas répondu à l'invitation et la diplomatie russe n'a pas réagi. La dernière rencontre entre les présidents russe et ukrainien remonte au sommet de Paris en décembre 2019 et la dernière visite de M. Poutine en Ukraine en 2012. 

Cette déclaration survient dans un contexte marqué par des tensions dans le Donbass. Tandis que les heurts, qui se multiplient entre les forces gouvernementales et les rebelles ukrainiens, ont déjà fait plusieurs victimes, Kiev se montre particulièrement inquiet de mouvements de troupes russes de l'autre côté de sa frontière orientale. Et en appelle à l'OTAN, avec laquelle des exercices conjoints doivent être menés très prochainement. De son côté, Moscou assure ne menacer personne et rappelle être en droit de disposer de ses troupes comme il l'entend sur son propre territoire. La Russie dénonce en outre des «provocations» de Kiev concernant la situation dans l'Est ukrainien et des activités «menaçantes» de l'OTAN à proximité des frontières russes.

Le format Normandie au point mort

Par ailleurs, la réactivation des négociations de paix au Format Normandie (associant Russie, Ukraine, Allemagne et France) dont le but affiché est de relancer la mise en œuvre des accords de Minsk signés en 2015 afin d'aboutir à un cessez-le-feu complet dans l’est de l’Ukraine, peine à se concrétiser. Cité par Reuters, «une source au fait des discussions» impliquant Paris, Berlin, Kiev et Moscou, a rapporté le 19 avril que celles-ci n'avaient pas abouti à de résultats tangibles. 

Plus tôt, le 16 avril, l'Ukraine avait pourtant annoncée être prête à des discussions au format traditionnel quadripartite à l'issue de discussions à Paris avec Emmanuel Macron, auxquelles la chancelière allemande Angela Merkel a participé en visioconférence. De son côté, peu avant la tenue de la réunion, Moscou avait appelé Paris et Berlin à faire pression sur Kiev pour mettre un terme aux «provocations» et insisté dans la foulée sur «la nécessité d'appliquer» les accords de Minsk.

La Russie, qui dément énergiquement être partie prenante du conflit en Ukraine, accuse l'Ukraine de saper les accords de Minsk. Et notamment de saboter la formule Steinmeier, du nom du président allemand et ex-chef de la diplomatie d'Angela Merkel, visant à assurer la transition politique de la crise. Fin janvier, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait déploré le manque de volonté de la partie ukrainienne de se conformer aux accords notamment concernant l'échange des prisonniers et la tenue de pourparlers avec les forces rebelles. De son côté, Kiev accuse régulièrement ces dernières de ne pas respecter le cessez-le-feu et assure avoir perdu 50 soldats en 2020 sur la ligne de front.