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Chili : le «oui» à une nouvelle Constitution l'emporte à 78% des voix

Les Chiliens ont plébiscité à 78% un remplacement de la Constitution héritée de la dictature d'Augusto Pinochet. La population s'est réjouie du résultat du scrutin. Le texte, une fois rédigé, sera soumis à un nouveau référendum en 2022.

Au Chili, le «oui» l’a emporté le 25 octobre 2020 en faveur de la rédaction d’une nouvelle Constitution. 78% des votants se sont prononcés pour un remplacement de la loi fondamentale adoptée en 1980 sous la dictature du général Augusto Pinochet (au pouvoir de 1973 à 1990).

14,7 millions d’électeurs étaient appelés à répondre à deux questions : «Souhaitez-vous une nouvelle Constitution ?» et «Quel organe devra rédiger la nouvelle Constitution ?» L’option d’une «Convention constituante» uniquement formée de citoyens l’emporte par 79 % des voix, contre 21% pour une «Convention mixte» composée de citoyens et de parlementaires.

En plein centre de la capitale Santiago du Chili, notamment sur la Plaza Italia, théâtre de nombreuses manifestations publiques, des dizaines de milliers de manifestants, d'après l'AFP, se sont rassemblés en foules compactes et euphoriques en apprenant la victoire du «oui». «Nous célébrons une victoire remportée sur cette place plus digne que jamais !», clamait Graciela Gonzalez, une vendeuse de 35 ans, au milieu des chants, des pétards et des coups de klaxon. De nombreux électeurs ont évoqué un scrutin «historique». «Le Chili mérite une catharsis nationale et je pense que c’est le début», a confié à l'agence de presse Felipe, un ingénieur de 35 ans.

Un nouveau texte amènera, aux yeux des partisans de l’«Apruebo» («J’approuve»), la levée d’un obstacle aux réformes sociales demandées, dans un pays parmi les plus inégalitaires d’Amérique latine. «Depuis le début de la contestation, c’est la première véritable occasion que nous ayons pour qu’il y ait des changements dans la santé, l’éducation», a expliqué à l’AFP Pilar Matus, un professeur de 47 ans, avant de voter.

Un nouveau référendum en 2022 

Le président de droite Sebastian Pinera, régulièrement ciblé par les manifestants ainsi que par les partisans d'une nouvelle Constitution, s’est réjoui du résultat du scrutin lors d’un discours qui a suivi l'annonce des résultats. «Aujourd’hui, la citoyenneté et la démocratie ont gagné […] C’est un triomphe pour tous les Chiliens et les Chiliennes qui aiment la démocratie, l’unité et la paix […] Jusqu’ici, la Constitution nous a divisés. A partir de maintenant, nous devons tous collaborer pour que la nouvelle Constitution soit le grand cadre d’unité, de stabilité et d’avenir.» Il a ajouté sur Twitter : «Notre démocratie s’est renforcée grâce à la participation citoyenne. Aujourd’hui, notre devoir sera de continuer à construire un meilleur pays».

Voir la Constitution héritée du dictateur Augusto Pinochet remplacée était l’une des revendications du mouvement populaire déclenché le 18 octobre 2019 revendiquant la fin des inégalités. La loi fondamentale actuelle limite l’action de l’Etat et promeut l’activité privée (dans l’éducation, la santé, les retraites, etc.) au profit d’un système néolibéral extrêmement défavorable aux classes populaires chiliennes.

Ce dernier a causé une crise politique et sociale majeure, faisant descendre les Chiliens dans la rue dès octobre dernier, avec pour déclencheur l’augmentation des prix du ticket de métro, mais aussi des tarifs de l’électricité (+10,5%). Le Chili dispose d’un système social très faible. Le régime de retraites chilien, lui aussi hérité de l’ère Pinochet, s’appuie par exemple sur une capitalisation individualisée pour chaque salarié, qui doit verser 10% de son salaire sur un compte géré par des fonds de pension privés.

Les manifestations ont été accueillies dès leurs débuts par une violente répression policière et militaire : gaz lacrymogènes, canons à eau, balles en caoutchouc... Envoyée sur place entre fin octobre et fin novembre 2019, la délégation du Haut-commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme dénonçait alors un «usage excessif de la force», des actes de «torture», de «violence sexuelle», ou encore des «arrestations arbitraires».

Les manifestants ont l’espoir, à travers une nouvelle loi fondamentale, de voir rebattre les cartes et d’en finir avec les institutions de la dictature. Le projet de Constitution sera soumis à référendum en 2022.