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Viktor Orban snobe le débat du Parlement européen sur la loi d'état d'urgence en Hongrie

Le Premier ministre hongrois ne participera pas au débat organisé le 14 mai au Parlement européen, sur la loi d'état d'urgence dans son pays liée à la pandémie. Budapest dénonce une «chasse aux sorcières» menée par les «gauchistes» et les «libéraux».

Le premier ministre hongrois Viktor Orban a décliné ce 13 mai l’invitation du président du Parlement européen à prendre part au débat sur la loi d’état d’urgence en Hongrie. «A l'heure actuelle, la lutte contre l'épidémie consomme toute mon énergie et ma force», a fait savoir le chef du gouvernement auprès de l’agence hongroise MTI, en réponse à la proposition de David Sassoli, président du Parlement.

Lors d’un débat en session plénière prévu pour le 14 mai, l’assemblée des eurodéputés se penchera sur la législation instaurée en Hongrie fin mars face à la pandémie de Covid-19, qui permet au Premier ministre de gouverner jusqu'à nouvel ordre par décret. Dans une lettre adressée à Viktor Orban, David Sassoli avait souligné que ces débats nécessitaient selon lui «un niveau de participation du chef de l’Etat ou du gouvernement».

Selon l'AFP, Budapest avait prévu d'être représenté par la ministre de la Justice Judit Varga.

Budapest condamne les «gauchistes» et les «libéraux» du Parlement européen

Ce 13 mai également, un porte-parole du gouvernement hongrois, Zoltan Kovacs, a déclaré sur Twitter : «Le PE [Parlement européen] tiendra une session sur la loi hongroise de protection face au coronavirus demain. Précédemment, la Commission européenne, seule institution de l’UE habilitée à réviser les législations nationales, et Vera Jourova [vice-présidente de la Commission européenne chargée des Valeurs et de la Transparence] ont confirmé que la loi n’[était] pas contraire au droit de l’UE.»

Il a par la suite dénoncé une «chasse au sorcières» et un «procès spectacle». «Ce sont des gauchistes et des libéraux faisant de la politique alors que le continent est confronté à l'une des plus grandes crises sanitaires et économiques que nous avons connus en un siècle», a-t-il encore fustigé.

Loi sur l'état d'urgence : de quoi parle-t-on ?

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a obtenu, à une très large majorité le 30 mars, l'aval du Parlement – dominé par son parti, le Fidesz et ses alliés – pour légiférer par ordonnances dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Le président Janos Ader (Fidesz), a signé cette loi sur l'état d'urgence dans le pays pour une durée indéterminée, déclarant qu'elle était conforme aux traités internationaux et à la Constitution hongroise.

Les nouvelles dispositions permettent au dirigeant hongrois de prolonger indéfiniment l'état d'urgence, en vigueur depuis le 11 mars, sans demander l'aval du Parlement. Aucune élection ne peut par ailleurs se tenir dans ce contexte. Le gouvernement peut également «suspendre l'utilisation de certaines lois par décret [...] et introduire d'autres mesures extraordinaires» par ordonnances gouvernementales, dans le but de garantir «santé, sécurité personnelle et matérielle des citoyens, ainsi que l'économie». La loi instaure en outre jusqu'à cinq ans de prison pour la diffusion de «fausses nouvelles» concernant le virus ou les mesures du gouvernement. Ces mesures ont provoqué l'inquiétude de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mais aussi de 16 Etats européens, qui avaient mis en garde, le 2 avril, contre les violations de l’Etat de droit dans l'UE au motif de lutte contre la pandémie de Covid-19.

Le 11 mai, Budapest a convoqué les ambassadeurs de cinq pays nordiques (L'Islande, la Suède, le Danemark, le Norvège et la Finlande), accusés de diffuser de fausses informations sur la Hongrie après qu'ils se sont dit inquiets pour la démocratie dans ce pays, en référence à la loi d'état d'urgence.