International

Pour l’Arabie saoudite, pas de réfugiés mais 200 mosquées en Allemagne

Selon le journal libanais Al Diyar, Riyad serait prête à financer la construction de 200 mosquées en Allemagne pour les migrants ayant fuit la guerre en Syrie. Le pays refuse toujours d'ouvrir ses portes aux réfugiés.

Elle est dans l’oeil du cyclone pour ne pas accepter de réfugiés sur son sol mais fait tout de même un geste. Le journal libanais Al Diyar informe que l’Arabie saoudite proposerait de financer la construction de 200 mosquées en Allemagne. La monarchie pétrolière souhaiterait ainsi fournir des lieux de cultes à une partie des 20 000 réfugiés qui sont arrivés dans le pays le week-end dernier.

Reste que le feu vert des autorités germaniques est nécessaire pour que le projet voit le jour. Si Angela Merkel s’est déclarée «heureuse que l’Allemagne soit devenue un pays synonyme d’espoir», rien ne garantit qu’elle donne son accord.

Ce projet attise les craintes parmi une certaine frange de la population. La plus grande réside dans une possible exportation du salafisme, courant prônant un retour à un islam des origines et qui pourrait trouver un terreau dans ces nouveaux lieux de cultes.

L’Arabie saoudite dans la tourmente

Riyad fait l’objet de sévères critiques vis à vis de sa position par rapport aux réfugiés. Alors que bon nombre des migrants qui tentent de fuir les zones de guerre sont des musulmans sunnites, obédience majoritaire dans le royaume, le pays refuse d’ouvrir ses portes. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a récemment lancé un appel aux pays arabes, les exhortant à «partager le fardeau de l’accueil des réfugiés qui fuient la guerre». Nul doute que les pays du Golfe refusant cette option étaient visés.

D’autant que pour certains Etats arabes, la situation devient critique. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Liban compte actuellement plus d’un million de réfugiés syrien pour une population totale de moins de six millions d’habitants. La Turquie en a accueilli 1,9 millions, la Jordanie 629 000 et l’Irak 250 000.

Mais pourquoi l’Arabie saoudite et les autres monarchies pétrolières s’obstinent-elles à refuser d’ouvrir leurs portes ? Pour Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta, la réponse est double : «Les monarchies du Golfe ont peur du syndrome libanais. Elles se souviennent que durant les années 1970-80, c'est l'arrivée des réfugiés palestiniens au Liban qui a été l'un des éléments déclencheurs de la guerre civile libanaise. En clair, les monarchies du Golfe ont peur que ces réfugiés viennent avec des idées subversives et indésirables pour la stabilité de leurs régimes.»

Il pointe également les conditions de vies des immigrés dans ces pays : «Les réfugiés syriens eux-mêmes ne cherchent pas vraiment à aller vers ces pays du Golfe. Pourquoi ? Parce que contrairement à l'Europe, ces pays maltraitent leurs immigrés, fussent-ils de la même confession religieuse, et qu'ils ont encore un système de la Kafala, comme c'est le cas au Qatar, ce qui met tout employé à la merci de son employeur pour changer de travail ou simplement sortir du territoire.»

Reste que Riyad est accusée de provoquer, elle aussi, un afflux de réfugiés. Elle a pris, en mars dernier, la tête d’une coalition de pays arabes afin de lutter contre les rebelles Houthis au Yémen. Selon le HCR, l’intervention avait déjà fait un demi-million de déplacés en mai dernier. Dûs notamment à la pluie de feu que les avions de la coalition font s’abattre sur le pays. Pour sûr, l’Arabie saoudite n’a, elle, pas fini d’être sous le feu des critiques.