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Soudan : quel avenir pour la transition politique après les violences à Khartoum ?

Après que les militaires ont ouvert le feu sur des manifestants réunis devant le QG de l'armée à Khartoum le 3 juin, l'incertitude plane sur l'avenir politique du Soudan.

Un cap a-t-il été franchi au Soudan ? Le 3 juin, alors qu’un sit-in se tenait dans la capitale soudanaise, Khartoum, devant le QG de l’armée, pour réclamer le transfert du pouvoir des militaires aux civils, 60 personnes auraient trouvé la mort et plusieurs centaines auraient été blessées, d’après le dernier bilan provisoire du Comité central des médecins soudanais, organe proche du mouvement contestataire. Celui-ci fait partie de l’Association des professionnels soudanais, elle-même composante de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), principale organisation d'opposition, qui appelle à renverser le pouvoir.

Le comité attribue la «responsabilité» de l’action au Conseil militaire de transition (TMC), organisme censé assurer la transition politique du pays dans les trois ans à venir, à la suite de la destitution du président Omar el-Béchir, le 11 avril, après des manifestations qui duraient depuis décembre 2018 afin de réclamer une baisse du prix du pain, qui avait triplé sur décision du gouvernement.

De son côté, le TMC réfute ces accusations. «Nous n’avons pas dispersé le sit-in par la force», a démenti le général Chamseddine Kabbashi, porte-parole du TMC, sur Sky News Arabia. Un communiqué du TMC, publié le 3 juin en fin d’après-midi, fait état d’une «opération conjointe pour nettoyer certains sites» proches de la manifestation, montrant du doigt des «activités illégales» dans le secteur.

L'AFP rapporte que le même jour, dans l’après-midi, de nombreux paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) auraient été déployés sur les principales routes de la capitale. Plusieurs de ces hommes, en uniformes des RSF, auraient encerclé le Royal Care Hospital à Khartoum, dans lequel des dizaines de blessés avait été transportés.

Le Comité central des médecins soudanais affirme également que les forces de l’ordre auraient pénétré dans l’enceinte de l’hôpital Charq al Nil, situé dans la périphérie de Khartoum, et y auraient tiré des coups de feu. Des manifestations étaient dans le même temps organisées à KassalaAl-QadarifPort-SoudanSannar et Atbara

Arrêt des négociations et désobéissance civile

Le 4 juin au matin, le TMC, par la voix du général Abdel Fatah al-Burhane, actuellement au pouvoir, annonce avoir «décidé de cesser de négocier avec l’ALC» et précise «annuler ce qui avait été convenu et [...] tenir des élections dans un délai de neuf mois», dans un communiqué diffusé à la télévision d’Etat soudanaise. Le général a ajouté que ce scrutin aurait lieu sous «supervision régionale et internationale». Volte-face ce 5 juin puisque désormais, le général déclare, toujours au même média, souhaiter «ouvrir les bras aux négociations sans restriction, sinon celle de l’intérêt national, pour fonder un pouvoir légitime qui reflète les aspirations de la révolution des Soudanais». Selon Reuters, l'opposition a d'ores et déjà refusé cette main tendue par la voix de Madani Abbas Madani, un des leaders de la contestation. «Nous n'acceptons pas l'invitation du Conseil militaire de transition [...] car ils ne sont pas dignes de confiance [...] et cela effraie la population», a-t-il confié à l'agence de presse.

Indignation occidentale 

La dispersion du rassemblement a suscité de vives réactions internationales, parmi lesquelles celle de la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, qui a appelé les autorités soudanaises, le 3 juin, à cesser ses «attaques» de manière «immédiate». Elle a également déploré, dans un communiqué en date du 3 mai, l’usage «excessif de la force». Le Conseil de sécurité de l’ONU, qui s’est réuni le 4 juin sur demande de l’Allemagne et du Royaume-Uni, a mis au vote un texte condamnant les morts civils et appelant à cesser immédiatement les violences, selon des diplomates repris par l’AFP. Il a été bloqué par la Chine et la Russie, cette dernière insistant pour attendre une réponse de l’Union africaine avant de se prononcer, d’après des diplomates cités par la même source.

Le TMC avait destitué Omar el-Béchir le 11 avril dernier, après des mois de manifestations contre le pouvoir central de Khartoum. Durant la période de transition, censée durer trois ans, le parlement devait être composé de 300 membres, dont deux tiers de l’ALC, le reste provenant d’autres groupes politiques. Néanmoins, les relations entre l’ALC et le TMC se sont détériorées à la suite de l’échec des négociations, le 20 mai, chacune des parties souhaitant exercer son contrôle sur la transition politique.

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