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Les Cubains ne faiblissent pas devant les menaces américaines

Le gouvernement cubain a répondu à la menace américaine de mettre en application le chapitre III de la loi Helms-Burton qui devrait peser lourdement sur l'économie de l'île. Une tentative de destabilisation qui ne semble pas effrayer les Cubains.

Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a immédiatement réagi à la décision prise par les Etats-Unis, le 16 avril, de permettre des actions en justice contre les entreprises étrangères présentes à Cuba, grâce à l’application du chapitre III de la loi Helms-Burton. «Je rejette énergiquement l’annonce du secrétaire d’Etat Pompeo d’activer le chapitre III de la loi Helms-Burton. C’est une attaque contre le droit international et contre la souveraineté de Cuba et d’Etat tiers», a-t-il tweeté après l’annonce de la mise en application de cette loi, qui sera effective au 2 mai.

Résurgences historiques

Bruno Rodriguez prévoit «un échec de l’escalade agressive des Etats-Unis contre Cuba» et assure que les Cubains «vaincron[t] comme à Girón». Girón est le nom donné au débarquement de la baie des Cochons, tentative d’invasion militaire ratée de l’île par des exilés cubains, la Brigade 2506, soutenus par les Etats-Unis en avril 1961, quelques mois après l’investiture de John Fitzgerald Kennedy, dans le but de renverser Fidel Castro. Le jour de l’annonce n’avait pas été choisi au hasard puisque le 17 avril correspond au 58e anniversaire de ce débarquement raté.

De son côté, le chef de la division américaine au sein du ministère cubain des Affaires étrangères, Josefina Vidal, promet sur Twitter une déconvenue supplémentaire pour les Etats-Unis. «Rappelez-vous de Girón. Vous avez été défaits il y a 58 ans. Vous avez perdu de nombreuses fois depuis. Vous serez encore vaincus cette fois-ci», pouvait-on lire sur le réseau social.

Le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, a prononcé un discours à Miami, lors d'un déjeuner organisé par une association d'anciens combattants ayant participé au débarquement de la baie des Cochons, et dans lequel ont été divulguées d’autres mesures de rétorsion, comme la restriction des «voyages non-familiaux vers Cuba» ou la limitation des montants transférables depuis les Etats-Unis vers l’île (1 000 dollars par personne et par trimestre).

Un peu plus tard, le gouvernement cubain a publié un communiqué appelant «tous les membres de la communauté internationale» et les citoyens américains à «arrêter l’escalade irrationnelle et la politique d’hostilité et d’agression du gouvernement de Donald Trump».

«Qu’ils fassent la loi dans leur pays mais pas ici»

Sur place, la population cubaine se dit prête à répondre à «une menace constante» selon Mercedes Martinez, enseignante de 85 ans citée par l’AFP, dont le grand père avait combattu les Espagnols pour l’indépendance en 1895 et dont le père était un partisan de Fidel Castro. «Je pense que Trump est quelqu’un de compliqué qui aime avoir les gens à sa botte. C’est sa manière d’être», précise-t-elle ajoutant que les Cubains avait prouvé «ne pas avoir peur» tout en étant «prêts à se mettre d’accord [sur un règlement du conflit]».

Bruno Rodriguez a par ailleurs affirmé : «Sans perdre le sommeil, en toute sérénité, avec enthousiasme et la certitude que nous allons dans la bonne direction. Nous affronterons n’importe quelle difficulté.» Il a également rappelé que les propriétés en question avaient «été nationalisées dans le respect de la loi». Une offre d’indemnisation, rejetée à l’époque, avait été proposée aux Etats-Unis.

D’après Georgina, une retraitée cubaine également interrogée par l'AFP : «C’est fou, [les Américains] veulent faire la loi partout dans le monde […]. Qu’ils dirigent leur pays, mais moi je vis ici à Cuba, je suis cubaine alors qu’ils fassent la loi dans leur pays mais pas ici.»

Cette opération de déstabilisation économique, de la part des Etats-Unis, pourrait déclencher des milliers d’actions en justice, décourageant ainsi les investissements étrangers d’apporter des capitaux sur une île qui en aurait besoin pour relancer son économie en crise, minée par les pénuries. L’administration Trump accentue encore un peu plus la pression sur le gouvernement socialiste cubain, qu’elle accuse de soutenir militairement le Venezuela de Nicolas Maduro, également ciblé par Washington.

Alexis Le Meur

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