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Allemagne : la traque du Syrien suspecté de préparer des attentats serait un «échec total»

Malgré une chasse à l'homme gigantesque et des moyens colossaux déployés pour retrouver Jaber Albakr, le suspect syrien de 22 ans, la traque organisée le 9 octobre n'a rien donné. La police allemande a néanmoins arrêté un complice présumé.

Bourde ?

La chasse à l'homme lancée en Allemagne le 8 octobre serait considérée par les forces de l'ordre comme un échec total selon des sources citées par le magazine allemand Focus

Une polémique portant sur les conditions dans lesquelles le suspect, Jaber Albakr, a pu échapper à la police, dans la matinée du 8 octobre alors qu'il faisait l'objet d'une surveillance du renseignement intérieur, commence à enfler. 

C'est précisément le renseignement intérieur qui a donné l'alerte en conseillant le 7 octobre à la police locale d'intervenir en raison d'un risque imminent de passage à l'acte.

«Nous étions en train de préparer l'intervention lorsqu'il a quitté l'immeuble», s'est défendue la police de la ville de Chemnitz, à 260 km environ, au sud de Berlin.

Problème : selon la source citée par Focus, malgré le fait que le renseignement intérieur avait bien informé la police fédérale et le bureau du procureur de la dangerosité du fugitif et du risque élevé d'attentat, ces deux derniers auraient refusé d'agir, soulignant un échec total de coordination entre les différents organismes sécuritaires. 

Le dossier aurait été transféré au bureau régional de la police de Saxe, qui se serait finalement résolu à intervenir.

Suite à ces révélations, plusieurs médias allemands n'hésitent pas à parler d'une bourde. Selon eux, les forces de l'ordre seraient par ailleurs pratiquement tombées nez à nez avec le fugitif en s'approchant de son habitation et auraient tenté sans succès de le stopper en tirant un coup de semonce.

La police allemande s'est défendue en arguant  qu'un tir direct sur le Syrien aurait pu déclencher une explosion. En fin de compte, l'homme a pu se volatiliser dans des circonstances encore floues et restait activement recherché dans la soirée du 9 octobre.

La police, qui n'a ainsi toujours pas retrouvé Jaber Albakr, en dépit de l'avis de recherche qui a été lancé dans tout le pays, de la mobilisation spéciale de personnels de police dans plusieurs régions, serait en déroute et impuissante. D'autant plus préoccupée qu'elle a découvert à son domicile plusieurs centaines de grammes d'une substance explosive décrite comme «bien plus dangereuse que le TNT». 

Plusieurs médias allemands affirment il s'agirait de 500 grammes de TATP, la substance prisée des djihadistes de l'Etat islamique (EI), qui peut être fabriquée avec des produits disponibles dans le commerce. 

Environ un kilo de produits chimiques, ainsi que des détonateurs et des ustensiles pouvant servir à la fabrication de bombes tuyau ont aussi été saisis, rapporte le quotidien Süddeutsche Zeitung. Le suspect était en contact via internet avec l'EI, selon ce journal.

Risque d'attentat imminent ?

Fait inquiétant : les experts redoutent que les explosifs retrouvés soient les mêmes que ceux utilisés lors des attentats de novembre 2015 à Paris et de Bruxelles en mars. 

Par ailleurs, l'homme que la police allemande a pu inculper et placer en détention le 9 octobre, également de nationalité syrienne, est «soupçonné de complicité» dans «la préparation d'un attentat», a indiqué à l'AFP un porte-parole de la police. 

Il avait été interpellé la veille pour vérifications et s'est révélé être le locataire principal de l'appartement où ont été retrouvés les explosifs. 

Pour le parquet, ces révélations sont d'autant plus inquiétantes, qu'elles pourraient laisser présager l'imminence d'un attentat. 

Le parquet fédéral allemand, compétent pour les affaires de terrorisme, a en effet annoncé se saisir de l'enquête. «Tout indique que le suspect avait l'intention de commettre un attentatdjihadiste», a-t-il annoncé. 

Selon la Süddeutsche Zeitung, il n'est pas exclu que l'homme ait pu prendre la fuite avec une partie des explosifs car il a été vu courant avec un sac à dos. 

Parmi les cibles potentielles pour un attentat, les médias allemands évoquent une plateforme de transports. De fait, la sécurité des aéroports – notamment ceux de Berlin –, ainsi que celle de gares, a été renforcée.  

Le suspect en cavale est un demandeur d'asile arrivé en Allemagne en février 2015. L'homme a obtenu le statut de réfugié en juin de la même année.  

L'Allemagne a connu en juillet deux attentats commis par des réfugiés et revendiqués par l'EI. Plusieurs autres ont été déjoués ces derniers mois. Ces actes ont contribué à nourrir l'inquiétude dans l'opinion à l'égard des demandeurs d'asile et à placer la chancelière Angela Merkel sous pression.

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