International

Procès MegaUpload : l’histoire de Kim Dotcom, magnat du Peer2Peer qui n'en démord pas

Millionaire et apoligiste de l'internet libre, Kim Dotcom continue sa lutte contre la justice américaine, qui veut mettre fin à ses activités qu'elle juge illégales. Sa dernière petite victoire est la permission de diffuser en direct son audition.

«De cette façon, chacun peut être présent dans la salle d'audience en Nouvelle Zélande», s'est félicité l'avocat de Kim Dotcom Ira Rothken, cité par l'agence AP. «C'est la manifestation ultime de la démocratie», a-t-il ajouté, alors que l'interessé lui-même a promis d'utiliser ce direct qui sera diffusé sur YouTube pour «mettre en lumière l'inconduite et les mensonges du gouvernement américain» à son propos.

Les Etats-Unis défendent des programmes de surveillance de masse dont le slogan pourrait être «Si vous n’avez rien à cacher, vous avez rien à craindre», mais ils s’opposent à la diffusion en direct de mon audition

Les Etats-Unis se sont formellement opposés à la demande de l'entrepreneur d'organiser ce direct, permettant à Kim Dotcom de souligner que les Etats-Unis défendaient des programmes de surveillance de masse dont le slogan pourrait être «Si vous n’avez rien à cacher, vous n'avez rien à craindre», mais qu’ils s’opposaient à la diffusion en direct de son audition.

L'audience qui sera donc filmée portera sur la demande d'extradition de Kim Dotcom vers les Etats-Unis, décidée en décembre 2015 par la justice néozélandaise dans le cadre du procès à rebondissement du site créé par l'Allemand, MegaUpload.

Avant MegaUpload

Né en Allemagne sous le nom de Kim Schmitz, Kim Dotcom est surtout connu comme le fondateur du site controversé de téléchargement gratuit MegaUpload. Celui qui est devenu l'un des grands acteurs du numérique a commencé à bâtir sa réputation dès sa jeunesse : en 1992, alors qu’il avait 18 ans, il a déclaré qu’il avait réussi à franchir les barrières de sécurité numériques de la NASA, du Pentagone et de Citibank, ainsi que de centaines d’autres compagnies américaines, et vendait des codes d’accès à leurs systèmes internes pour 200 dollars chacun.

En 2000, Kim Doctom a créé la société de sécurité Data Project, à travers laquelle il a fait son entrée en scène dans le monde de l’entreprise, commençant à bâtir sa fortune. En 2003, il décide de délocaliser ses activités à Hong Kong, où il fonde, deux ans plus tard, le site qui va lui valoir une renommée internationale, mais aussi un procès retentissant : MegaUpload.

Lire aussi : Devant ses juges, Kim Dotcom veut éviter l'extradition vers les Etats-Unis

Projet pionnier, procès d’ampleur

MegaUpload est une plateforme gratuite d’échanges de fichiers en ligne. Un internaute pouvait ainsi mettre n’importe quel fichier (texte, son, image, vidéo, etc.) sur la plateforme, fichier que tout internaute connecté à la plate-forme pouvait ensuite télécharger pour son compte, bien évidemment, sans rien payer du tout.

Du temps de sa splendeur, MegaUpload était le 13e site le plus populaire de l'internet, générant 4% de l’ensemble du trafic mondial et de gigantesques retombées publicitaires qui ont fait la fortune de Kim Dotcom, qui, en 2010, quitte Hong Kong pour s'installer en Nouvelle-Zélande.

Mais en 2012, son service de téléchargement MegaUpload a été coupé après un raid de police sur son manoir de Coatesville, près d’Auckland. Le champion du téléchargement de fichiers étant accusé par la justice américaine d’avoir violé le droit d'auteur et de conspiration.

Pour sa défense, Kim Dotcom affirme que son site faisait de son mieux pour éviter les violations du droit d’auteur sur les contenus qui étaient mis à disposition sur sa plate-forme. Il invoque notamment le fait qu’avec 50 millions d’utilisateur quotidiens, il était difficile de contrôler la totalité de leur activité et accuse de son côté les autorités américaines, poussées par les studios hollywoodiens, de mener une vendetta contre lui.

«Ils [Hollywood] utilisent beaucoup d’énergie, de temps et d’argent pour lutter contre quelque chose qu’ils ne peuvent pas vaincre. La seule façon de le faire serait de s’adapter à la nouvelle réalité», avait déclaré Kim Dotcom en 2014, dans l’émission Keiser Report sur RT. «Ce que Hollywood essaie de faire, c’est d’essayer de modifier internet pour en faire un espace complètement censuré et contrôlé selon ses goûts, et c’est contre cela que je lutte».

MegaUpload fermé, mais tout ne fait que commencer

Après le gel de son projet le plus populaire, ainsi que de ses avoirs, Kim Dotcom n’a pas cessé de multiplier ses activités. En 2012, il a commencé à enregistrer un album, Good Times, qui est sorti en 2014. Il comprenait un titre intitulé Monsieur le président, une protestation contre le président Obama qui, selon lui, est responsable de la fermeture de MegaUpload.

Il ne cesse pourtant pas de multiplier les projets en ligne : ainsi, en 2013, l'entrepreuneur a lancé Mega, un nouveau site de stockage de données dans le cloud (nuage), protégé par un algorythme de cryptage pour éviter les atteintes à la vie privée.

En janvier 2014, le magnat a fondé en Nouvelle-Zélande le «Internet Party», qui lutte sur le plan politique pour le libre accès de tous les Néozélandais à internet et pour la limitation de la surveillance du gouvernement. Lors des élections de 2014, son Parti de l’internet n’a toutefois recueilli que 1,3% des voix.

Fin de 2015, la justice néozélandaise a décidé d’accepter la demande d’extradition de Kim Dotcom formulée par les Etats-Unis. C'est l'appel interjeté par le milliardaire contre décision qui doit être diffusé en direct sur YouTube.

L’entrepreneur n’entend pas pour autant renoncer à son projet le plus cher : en juillet 2016, il avait annoncé qu’il allait relancer MegaUpload en date du 20 janvier 2017, jour du 5e anniversaire du raid opéré par la police à son domicile, promettant qu’il serait encore «mieux que l'original».

Lire aussi : Kim Dotcom annonce sur Twitter qu'il va relancer Megaupload