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La séance de questions-réponses de Vladimir Poutine

Le président russe Vladimir Poutine ouvrira la 14e ligne directe avec ses citoyens à 11 heures (heure de Paris). Il répondra à leurs questions sur tous les sujets, des problèmes de tous les jours à ceux de politique étrangère.

Jeudi 14 avril

Pour conclure cette ligne directe, qui aura duré cette année 3h40, contre 4h47 pour la plus longue, le président russe a souhaité «moins de problèmes, plus de beaux jours» à ses concitoyens.

Il y a quelque temps, Barack Obama avait avoué que sa plus grande faute avait été la guerre en Libye. D’après le président russe, cela montre «encore une fois qu’il s'agit d'un honnête homme». «Tout homme politique ne sait pas nécessairement reconnaître ses erreurs», a souligné le président russe.

Aujourd’hui, le nouveau Premier ministre ukrainien Vladimir Groïsman a été nommé. A son sujet, le président russe a répondu : «Que dois-je penser du nouveau gouvernement ukrainien ? Rien ! Je ne sais rien sur son programme. Je sais seulement que le gouvernement précédent avait dressé un plan de 9 points, mais n’en avait réalisé que deux». Vladimir Poutine a également rappelé la situation économique dramatique que connaissait l’Ukraine où l’inflation atteint 48% et où les prix du gaz ont été multipliés par trois.

«Il me semble que l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE n’avait pas été conclu pour changer les dirigeants. Mais personne n’a pensé au peuple. Les oligarques sont toujours en place», a souligné le président.

Les accords de Minsk-2 sont toujours au centre des discussions des citoyens russes. Vladimir Poutine a accusé le gouvernement ukrainien de ne pas les avoir respectés malgré les demandes de la communauté internationale. «Ce sont des questions politiques qui prédominent dans certaines régions de l’Ukraine. Les citoyens doivent avoir des droits constitutionnels. Les accords de Minsk prévoient que la loi sur le statut spécial des républiques soit votée durant les 30 jours qui suivent leur signature. Mais le gouvernement ne l’a pas adoptée, prétextant qu'il y avait des tirs sur la ligne du front», a commenté le président. «Ces tirs sont un bon prétexte pour ne pas s’acquitter des accords de Minsk-2. Ils tirent, on [les rebelles] leur répond».

En outre, les Etats-Unis et les pays occidentaux ne cessent de répéter que c’est Moscou qui ne respecterait pas les accords alors qu’on voit en Ukraine une crise politique qui les empêche d’adopter les lois. «Il faut arrêter de dire que Moscou doit faire quelque chose : Moscou a déjà fait tout ce qu’il devait», a précisé Vladimir Poutine.

Le conflit dans le Haut-Karabagh est «un sujet sensible», d’après le président russe. «Il faut le traiter avec attention pour ne pas aggraver la situation. On a besoin d’une solution à long terme. […] On a besoin d’un consensus. La Russie veut coopérer avec l’Arménie, ainsi qu’avec l’Azerbaïdjan», a fait remarquer Vladimir Poutine.

La garde nationale que Vladimir Poutine a décidé de créer il y a une semaine, a été évoquée lors de cette séance de questions-réponses avec la population.

«L’organisation a pour but de contrôler tout ce qui est lié aux armes. […] Le ministère des Finances a soutenu cette initiative», a précisé le président.

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La ligne directe a une grande influence. Il y a deux heures, un citoyen de l’île de Chikotan, située dans la région de Sakhaline, s'est plaint de ne pas recevoir d’argent depuis plusieurs mois. Le président a promis de l’aider et son aide ne s’est faite pas attendre : une procédure judicaire a déjà été entamée.

La Russie maintiendra son embargo sur les produits agricoles de l'UE, des Etats-Unis, du Canada, de la Norvège et de l'Australie si les sanctions internationales ne sont pas levées. Le président russe ne croit pas que les pays occidentaux y mettront un terme bientôt.

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En outre, un agriculteur russe a même demandé au président en direct de ne pas lever l'embargo qui touche les produits de ses homologues européens afin de favoriser les agriculteurs russes.

Le 18 septembre, la Russie tiendra ses élections législatives. Le président russe a appelé ses concitoyens à aller aux urnes et à faire leur choix pour voir entrer ceux qu'ils souhaitent à la Douma. Anticipant les questions sur la forte popularité du parti  Russie unie, le président a déclaré que contrairement aux pays de l’UE et aux Etats-Unis, la Russie possédait plusieurs partis politiques.

«Vu les crises et le grand afflux de migrants dans les pays européens, on commence aussi à y voir une diversité de partis. Auparavant la majorité d’entre eux n’avaient que deux partis. Aux Etats-Unis, on a vu toutes les familles au pouvoir : Bush père et fils. Cette année, c’est Hillary Clinton qui présente sa candidature aux élections. «Mari et femme n'ont qu'une seule et même âme», comme on dit en Russie. Pourtant, la Russie possède, depuis les années 1990, une variété de partis».

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Au sujet du musicien Serguei Roldouguine, dont le nom a fait surface dans l'affaire des Panama Papers et qui a été accusé d’avoir acheté plusieurs violons anciens grâce à ses sociétés offshore, Vladimir Poutine a précisé qu’il n’y avait aucune preuve de corruption.

«On voit des structures américaines derrière ceux qui ont écrit des histoires sur Serguei Roldouguine. Le premier article a été publié par le journal allemand Süddeutsche Zeitung, qui fait partie d'un holding de média qui appartient à Goldman Sachs [...]. Ce ne sont pas des reproches faits à certaines personnes, ils ont été faits à des pays», a expliqué Vladimir Poutine.

Les relations avec les Etats-Unis figurent également parmi les questions populaires. Les citoyens russes demandent au président qui serait mieux pour la Russie, Donald Trump ou Hillary Clinton, au poste de président américain. «Nous avons eu des moments, dans notre histoire commune, quand les Etats-Unis et la Russie coopéraient bien, notamment dans la lutte contre le terrorisme, et sur le programme nucléaire en Iran».

En outre, Vladimir Poutine a précisé que si les Etats-Unis ne cessaient de parler de leur predominance, on n'arriverait à rien». «Il faut qu’ils respectent leurs partenaires, y compris la Russie», a précisé le président russe.

Le Journal de classe, un hebdomadaire pour la jeunesse, a posé plusieurs questions «sérieuses» au président.

La série a débutée par «si vous attrapiez un poisson rouge, quels souhaits lui demanderiez-vous ?». Vladimir Poutine a répondu de manière philosophe. «En Union soviétique, on nous apprenait ne pas compter sur la fortune, il faut travailler».

Un garçon de 9 ans, qui s’est présenté comme surdoué, s'est plaint au président de son jeune âge qui l'empêche d'aller aux camps de jeunesse pour enfants doués, alors même qu’il étudie déjà la chimie avec les enfants de 13 ans. Le président russe l'a assuré que cette question serait réglée mais que les gens qui avaient préparé ce programme n’étaient «pas aussi doués que lui».

Les enfants russes savent poser des questions pertinentes. L’un d’entre eux a demandé au président pourquoi les adultes avaient deux jours de week-end quand les enfants sont obligés d’étudier six jours sur sept. Vladimir Poutine lui a répondu : «Vous êtes mieux que nous car vous pouvez tenir un tel fardeau mais nous, nous ne le pouvons plus».

En 2008, la crise était plus grave que celle que la Russie connaît aujourd’hui. «Cependant, nous avons réussi à la surmonter», a précisé le président russe. 

Quant aux affaires de dopage, le président russe a précisé qu’il n’y avait pas de prétextes politiques aux accusations de dopage au meldonium. «Nous devons améliorer notre coopération avec les organisations internationales pour que nous puissions répondre à leurs demandes et prendre part au jeu de manière honnête».

La vie privée du président russe est le sujet préféré des journaux russes et étrangers. Une femme a appelé le studio pour interroger le président sur sa première femme. Mon ex-femme «est contente de sa vie privée, moi aussi. J’ai peur que ma réponse influence le taux de change ou le prix du pétrole», a répondu le président russe, déclenchant le rire du public.

Quant aux relations avec la Turquie, Vladimir Poutine a précisé que la Russie avait de bonnes relations avec la majorité des pays, notamment au sein des BRICS et avec tous ses voisins, y compris la Turquie.

«Nous pensons que la Turquie est notre ami, mais certains dirigeants politiques ont des actes inappropriés à notre égard. Nous ne pouvons pas de ne pas y réagir. Nous travaillons calmement. Mais il faut réagir, car, sinon, ils vivront à nos crochets», a-t-il conclu.

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En 2014, Albina, une petite fille âgée de 6 ans, avait demandé au président si Barack Obama le sauverait s’il se noyait. «Je ne peux pas dire que nous ayons de bonnes relations personnelles, le président des Etats-Unis et moi. Mais je pense que c’est un homme honnête et assez courageux. Bien sûr, il le ferait», a répondu le président russe.

Cette année, une autre fille, Varvara, âgée de 12 ans, lui a posé une question similaire. «Si Erdogan et Porochenko se noient, qui allez-vous sauver en premier ?»

La question a fait rire le président. «Si quelqu’un a décidé de se noyer il est impossible de le sauver, mais nous sommes prêts à tendre la main à chacun nos partenaires, mais s’il le souhaite», a-t-il répondu.

Le sujet du terrorisme ne pouvait pas être passé sous silence : si on ne suit pas attentivement la situation, les terroristes peuvent «repousser» indéfiniment.

«L’opposition syrienne essaie de reprendre ce qu’elle a perdu et d'améliorer ses positions mais nous, nous comptons sur le régime de cessez-le-feu pour mener à l’apaisement et à la résolution du conflit en Syrie», a-t-il poursuivi.

«Il faut adopter une constitution, faire tout le monde s'asseoir autour de la table des négociations. Et, grâce à la constitution, tenir des élections anticipées et ainsi sortir de la crise», a-t-il conclu.

En continuant d'évoquer la situation économique, Vladimir Poutine a déclaré qu’il fallait mieux «changer la structure économique et ne pas imprimer de l'argent», faisant allusion aux Etats-Unis.

Les présentateurs de l'émission ont rappelé les propos du président russe, qui, l’année dernière, lorsqu'on lui avait demandé si la Russie suivait une ligne noire ou une ligne blanche. Le président avait alors répondu que cette ligne était «grise».

Aucune séance de questions réponses ne se passe sans histoires drôles. Une citoyenne russe a demandé cette année au président s’il avait commencé, en raison de la crise, à économiser quelque chose, Vladimir Poutine lui a répondu : «Oui, du temps».

Les citoyens russes ont posé beaucoup de questions sur la situation économique du pays, notamment sur l’inflation, qui a atteint 12,9%. «Il est évident que les prix ont augmenté». Pourtant, le président a confié que le gouvernement a constaté un augmentation de 3% des ventes de produits fabriqués en Russie, ce qui signifie que les «40 millions de citoyens russes habitant dans les régions agricoles pourraient prospérer».

La première question a été posée par une citoyenne de la ville d’Omsk, en Sibérie, et concernait les routes. La qualité des routes dans certaines régions de Russie est «déprimante», a confirmé le président russe. Il a promis de redistribuer de l’argent pour que les métiers liés à la construction et l'entretien des routes travaillent de la manière plus efficace.

La 14e ligne directe avec le président russe est officiellement ouverte. 

La 14e ligne directe sera diffusée en direct par plusieurs chaînes de télévision et stations de radio en russe, et sur RT France en français. Lors de la session précédente, en 2015, le président a répondu à 74 de ses citoyens durant quatre heures, plus de deuxmillions de questions lui avaient été envoyées. Pour le moment, plus de deux millions de questions ont déjà été reçues. D’après les estimations, lors du direct, ce nombre pourrait doubler.

Les questions touchent, d’habitude, les politiques intérieures et extérieures, ainsi que la vie en société des citoyens. Selon les sondages, beaucoup, cette année, veulent poser des questions sur la qualité des routes et la hausse des prix.