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Pour Medvedev, si rien n’est fait maintenant, on vivra tous d’ici 20 ans dans un Califat mondial

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a appelé à mettre de côté les différends entre les Etats qui mènent le monde «vers une nouvelle guerre froide» et coopérer pour lutter contre le terrorisme international.

Samedi 13 février

En répondant à une question concernant les accusations contre une campagne de Moscou contre Daesh en Syrie, le Premier ministre a souligné que «personne n’a pour le moment présenté de preuves que la Russie ciblerait les populations civiles».

«Terrorisme est un défi à toute la civilisation. Nous ne pouvons pas partager les terroristes en ami et ennemis, extrémistes et modérés», a déclaré le Premier ministre russe.

«Je crois que Daesh peut remercier mes collègues, les chefs occidentaux pour la cessation de coopération [entre les services de renseignement]», a en outre ajouté le responsable, en rappelant les attaques terroristes qui ont ciblé l’avion russe dans la péninsule de Sinaï, ainsi que les villes de Paris, Londres, d'Israël, du Pakistan, et d'Irak et dans d’autres pays du monde encore, ainsi que des exécutions publiques comme des preuves du caractère transfrontalier du terrorisme international.

«Est-ce que nous aurons besoin d’une troisième guerre mondiale pour comprendre que nous avons besoin maintenant de coopération, et pas de confrontation ?», s’est interrogé Dmitri Medvedev. «J’espère que les défis qui se présentent maintenant devant nous serviront de fondement pour une réunification, et pas pour un conflit», a-t-il conclu.

«Si nous ne trouvons la résolution du problème de la Syrie et de la Libye, le terrorisme peut devenir un moyen de guerre internationale», a mis en garde le chef du gouvernement russe. «Le danger est que dans 10 ou 20 ans, nous discuterons des mêmes problèmes, s’il y aura de quoi discuter, parce que les discussions sont inadmissibles dans le cadre d’un Califat mondial», a-t-il martelé.

La situation humanitaire dans l’est de l’Ukraine, toujours en proie au conflit, reste catastrophique, a souligné Dmitri Medvedev. «Des dizaines de milliers de personnes sont au seuil de la survie. Pourquoi cela inquiète la Russie et n’inquiète pas l’Ukraine ?», s’est interrogé le responsable, en rappelant que Moscou envoie régulièrement les convois humanitaires dans les régions de Donetsk et Lougansk.

«Est-ce qu’on vit en 2016 ou en 1962 ?» s’est interrogé le Premier ministre russe en abordant la question des tensions entre la Russie et l’OTAN.

«Presque chaque jour on qualifie la Russie de plus grande menace à l’OTAN ou à l’Europe, aux Etats-Unis et d’autres pays. Cependant, les vraies menaces à la sécurité de notre planète sont complétement différentes, et j’espère que vous comprenez», a-t-il noté, en appelant à coopérer avec Moscou dans la lutte contre le terrorisme, une «menace à la civilisation mondiale».

«Aujourd’hui, les citoyens européens courent chaque jour le risque d’attentat. Chaque jour, une explosion peut retentir dans un café ou un avion, alors que c’était avant le cas seulement dans le Moyen-Orient», a remarqué le Premier ministre.

«Une par une, les initiatives de partenariat, qui nous ont pourtant coûté beaucoup d’effort s’atrophient. Le projet de sécurité unie a été gelé et la situation reste hostile», a noté le Premier ministre russe.

«Une grande Europe unie n’existe toujours pas, la crise migratoire pèse sur l’Europe, les relations entre la Russie et l’UE sont détruits, une guerre civile sévit en Ukraine», c'est de cette façon que Medvedev a ouvert son intervention à Munich.

Le chef du gouvernement russe entend notamment expliquer la position de la Russie face aux principaux défis à la sécurité en Europe «dans le sens large du mot» : la lutte contre le terrorisme, le conflit en Syrie, la crise ukrainienne et l’afflux des migrants sont les principaux points qui seront abordés par le responsable, a rapporté Dmitri Medvedev lui-même à l’agence Sputnik en prévision de sa visite.

Cette intervention a notamment lieu dans le cadre du débat entre les Premiers ministres russe et français, qui discuteront, entre autres, du déroulement de la construction du centre culturel russe à Paris et des projets conjoints dans les domaines de l’industrie et de l’aviation. La levée des sanctions économiques bilatérales ne figure cependant pas à l’agenda de la rencontre entre Dmitri Medvedev et Manuel Valls, a déclaré aux journalistes le vice-Premier ministre russe Sergueï Prikhodko.

En savoir plus : Manuel Valls discutera la levée de l’embargo alimentaire avec son homologue russe

Suite aux débats, le responsable russe rencontrera le président slovène et le Premier ministre de Bavière pour discuter des questions de coopération bilatérale.

La 52ème Conférence de Munich sur la sécurité a lieu du 12 au 14 février. Chaque année, ce forum important réunit plus de 450 hauts responsables et ministres du monde entier, et parfois même des chefs d’Etat.