International

Airbus envisage de vendre sa branche spatiale américaine pour renforcer sa stratégie européenne

Airbus étudierait la cession de ses activités spatiales aux États-Unis alors que le groupe cherche à recentrer sa production de satellites en Europe. Cette réflexion intervient après son projet de rapprochement avec l’italien Leonardo et le français Thales pour créer un acteur spatial européen capable de rivaliser avec SpaceX et la Chine.

Airbus pourrait céder une partie de ses activités spatiales aux États-Unis dans le cadre d’un recentrage stratégique sur l’Europe, rapporte le Financial Times le 29 août, citant plusieurs personnes proches du dossier.

Le groupe aéronautique et spatial franco-allemand sonderait actuellement l’intérêt d’éventuels acquéreurs pour sa branche américaine. Celle-ci comprend notamment une usine située en Floride ainsi que la gamme de petits satellites Arrow, conçus pour être produits en série et destinés aussi bien aux communications et à l’imagerie commerciales qu’aux besoins gouvernementaux et de sécurité nationale.

Une activité américaine de plusieurs centaines de millions de dollars

Airbus ne communique pas séparément le chiffre d’affaires de cette activité américaine. Deux sources citées par le Financial Times estiment toutefois ses ventes à plusieurs centaines de millions de dollars.

Le site de Merritt Island, sur la Space Coast en Floride, emploie plus de 200 personnes. Il se trouve à proximité du centre spatial Kennedy et des installations de Blue Origin, la société spatiale fondée par Jeff Bezos.

Cette activité représente cependant une part limitée des effectifs mondiaux consacrés au spatial par Airbus, qui emploie environ 11 000 personnes dans ce secteur.

En 2024, Airbus avait repris le contrôle total d’Airbus OneWeb Satellites (AOS), après avoir racheté les 50 % qu’il ne détenait pas encore. Créée en 2016, cette coentreprise avait produit plus de 600 satellites pour la première constellation de OneWeb, destinée à fournir des services internet depuis l’orbite basse.

Airbus rapatrie progressivement sa production en Europe

Le groupe s’oriente depuis plusieurs années vers un transfert de certaines productions satellitaires des États-Unis vers l’Europe. Airbus prévoit notamment de fabriquer 440 satellites en orbite basse dans son usine de Toulouse, une opération présentée par le groupe comme une nouvelle étape vers la « souveraineté européenne ».

Ces satellites sont destinés à Eutelsat, qui a acquis OneWeb, entreprise britannique spécialisée dans les constellations de satellites en orbite basse, après sa sortie de faillite en 2022.

La possible cession des actifs américains intervient alors qu’Airbus cherche à redresser une activité spatiale mondiale confrontée à d’importantes difficultés. Le groupe avait comptabilisé près de 989 millions d’euros de charges dans son activité spatiale en 2024.

Vers un géant spatial européen

Cette réorganisation s’inscrit dans un projet beaucoup plus vaste. Airbus, Leonardo et Thales ont conclu en octobre un accord visant à regrouper leurs activités dans les satellites, les systèmes spatiaux ainsi que les services associés.

Baptisé « Bromo », le projet doit donner naissance à un nouvel acteur européen capable de mieux rivaliser avec SpaceX, le groupe américain d’Elon Musk, mais aussi avec les entreprises chinoises du secteur.

Les trois partenaires prévoient de soumettre leur projet aux autorités européennes de la concurrence plus tard cette année, avec l’objectif de rendre la nouvelle entité opérationnelle en 2027.

Selon les sources citées par le Financial Times, l’éventuelle cession des activités américaines serait toutefois indépendante des discussions menées avec la Commission européenne concernant les éventuelles mesures correctives nécessaires à l’obtention de l’autorisation du rapprochement.