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Le Maroc réclame Ceuta et Melilla, l'Espagne ferme la porte

Rabat remet au premier plan le statut de Ceuta et Melilla, territoires nord-africains administrés par Madrid mais revendiqués par le Maroc depuis son indépendance. Les déclarations ravivent un contentieux ancien, sur fond de tensions migratoires récentes et de refus catégorique de l’Espagne d’ouvrir des négociations sur ce dossier.

Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a réaffirmé ce 11 août les revendications de Rabat sur Ceuta et Melilla. S'exprimant sur la chaîne Asharq TV, il a déclaré que le Maroc continuait de soulever le statut des deux territoires dans ses échanges avec Madrid et souhaitait parvenir, à terme, à un règlement négocié.

« Cette question reste non résolue et, chaque fois que nous rencontrons les Espagnols, nous la soulevons », a déclaré Ouahbi. Le ministre a insisté sur le dialogue et la patience, indiquant que Rabat entend inscrire cette démarche dans le temps.

La position marocaine s'appuie sur un contentieux ancien. Depuis son indépendance en 1956, le Maroc considère Ceuta et Melilla comme des territoires toujours sous contrôle espagnol et revendique leur transfert sous souveraineté marocaine. Madrid rejette catégoriquement cette lecture. L'Espagne affirme contrôler Melilla depuis le XVe siècle et Ceuta depuis le XVIIe siècle et considère les deux villes comme faisant pleinement partie de son territoire.

La réponse espagnole a été particulièrement ferme. La ministre de la Défense, Margarita Robles, a déclaré que « Ceuta et Melilla ne sont pas seulement espagnoles, elles sont super-espagnoles et on ne peut pas y toucher ». Le ministère espagnol des Affaires étrangères a également écarté toute discussion sur leur statut, affirmant que l'intégrité territoriale du pays « n'a pas été et ne sera jamais discutée avec qui que ce soit ».

La crise migratoire ravive un différend ancien

La revendication marocaine revient sur le devant de la scène peu après l'afflux massif de migrants enregistrés à Ceuta à la fin du mois de juillet. Environ 72 000 personnes avaient pénétré sur le territoire et au moins 96 sont mortes, tandis que 3 000 à 5 000 migrants se trouvaient encore du côté espagnol.

Madrid a principalement attribué cette vague aux réseaux de passeurs. Les autorités espagnoles ont parallèlement salué la coopération du Maroc dans le retour des migrants. Rabat a, de son côté, renforcé la sécurité aux abords de Ceuta et Melilla après la diffusion sur les réseaux sociaux d'appels à une nouvelle tentative de passage massif le 15 août.

La frontière avait déjà été au cœur d'une grave tension diplomatique en 2021. Cette année-là, le Maroc avait assoupli ses contrôles dans un contexte de crise avec Madrid, après l'accueil en Espagne de Brahim Ghali, dirigeant indépendantiste du Sahara occidental. Plusieurs milliers de personnes avaient alors gagné Ceuta. Les relations bilatérales se sont ensuite améliorées en 2022, lorsque Madrid a apporté son soutien au plan marocain d'autonomie pour le Sahara occidental.

Madrid ferme la porte, Rabat ne renonce pas

Le rapprochement intervenu depuis n'a donc pas réglé la question de Ceuta et Melilla. L'ancien ambassadeur espagnol au Maroc, Jorge Dezcallar, a lui-même estimé que « si quelqu'un pense que le Maroc renoncera à ses revendications sur Ceuta et Melilla, il se trompe ».

Les déclarations d'Abdellatif Ouahbi confirment que Rabat entend maintenir ce dossier dans ses relations avec Madrid et poursuivre ses revendications par la voie diplomatique. L'Espagne refuse pour sa part toute remise en cause de sa souveraineté sur les deux territoires, laissant intact un différend que le Maroc considère toujours comme non résolu.