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Le cofondateur de Wikipédia accuse la CIA d’avoir modifié des articles et dénonce l’utilisation de l’encyclopédie comme outil d’influence

Larry Sanger remet en cause l’impartialité de Wikipédia et affirme que des acteurs étatiques, financiers et privés ont pu peser pendant des années sur certains contenus. Le cofondateur de la plateforme cite notamment la CIA et estime que l’anonymat des contributeurs a facilité des interventions difficiles à identifier, à contrôler et à mesurer.

Le cofondateur de Wikipédia Larry Sanger affirme que la CIA a déjà modifié des contenus publiés sur l’encyclopédie en ligne. Dans un entretien accordé au quotidien allemand Berliner Zeitung, il estime que la plateforme a pu être utilisée pendant des années comme un outil d’influence par des acteurs disposant de moyens politiques ou financiers importants.

« Ce que nous pouvons établir comme un fait, sur la base de toutes sortes de preuves, c’est que la CIA a déjà modifié Wikipédia », a-t-il déclaré. Selon lui, le système d’édition anonyme a facilité ce type d’intervention en compliquant l’identification des personnes et des intérêts à l’origine de certaines modifications.

Sanger avait participé avec Jimmy Wales au lancement de Wikipédia en 2001, avant de quitter le projet l’année suivante. Depuis, il critique régulièrement le fonctionnement de l’encyclopédie, qu’il accuse de s’être éloignée de son principe initial de neutralité.

Il affirme également que des acteurs disposant d’importants moyens financiers orientent depuis longtemps certains contenus. « Ceux qui sont prêts à payer pour diriger les articles de Wikipédia dans une certaine direction le font depuis de nombreuses années. Nous ne connaissons tout simplement pas l’ampleur de ce phénomène », a-t-il ajouté.

Ses critiques dépassent le seul cas de la CIA. Sanger cite notamment Wiki-PR, une entreprise qui aurait gagné des millions grâce à la modification d’articles. Il évoque également des informations du Bureau of Investigative Journalism sur Portland Communications, accusée d’avoir réécrit certains contenus au bénéfice de gouvernements et d’acteurs influents, parmi lesquels le Qatar et la Fondation Gates.

Une neutralité remise en question

Pour Sanger, ces interventions illustrent un problème plus profond : l’érosion progressive de la neutralité de Wikipédia. Il estime que l’encyclopédie s’est éloignée de son principe fondateur de « point de vue neutre » et dénonce un « biais libéral » parmi certains de ses principaux éditeurs.

Selon lui, cette orientation fragilise la fiabilité de la plateforme sur les sujets les plus sensibles, notamment ceux susceptibles d’être au cœur d’affrontements politiques ou idéologiques. Une situation qui, dans sa lecture, favorise les acteurs les mieux organisés et les mieux dotés pour peser sur la présentation de l’information.

Sanger ne remet toutefois pas en cause l’ensemble du projet. Il considère que de nombreux articles restent relativement neutres, notamment sur des thèmes qui ne font pas l’objet des mêmes luttes d’influence. Ses critiques visent surtout les sujets sur lesquels des gouvernements, des entreprises ou d’autres structures puissantes peuvent chercher à imposer leur lecture.

Le cofondateur de Wikipédia affirme ainsi rester attaché à l’existence de l’encyclopédie, tout en regrettant de ne pas avoir prévu dès ses débuts davantage de garanties pour protéger son impartialité.

Un désaccord ancien avec Wikipédia

Les critiques de Larry Sanger envers Wikipédia ne sont pas nouvelles. Depuis son départ, il appelle régulièrement à une représentation plus équilibrée des différents points de vue et réclame une réforme du fonctionnement de la plateforme.

Il a notamment présenté l’année dernière un programme intitulé « Neuf thèses sur Wikipédia », dans lequel il proposait plusieurs changements destinés à renforcer la diversité des opinions et la neutralité de l’encyclopédie.

Wikipédia lui a ensuite interdit l’accès à l’édition des articles après ses appels à rendre la plateforme plus honnête et plus représentative.

Les déclarations de Sanger relancent ainsi les interrogations sur la capacité de gouvernements, de services de renseignement, d’entreprises ou de puissants acteurs privés à peser sur les contenus d’une plateforme consultée à l’échelle mondiale. Wikipédia affirme pour sa part que son fonctionnement repose notamment sur la neutralité du point de vue, la vérifiabilité des informations et l’interdiction des travaux inédits. Des principes dont Sanger estime précisément que la plateforme s’est progressivement éloignée.