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L'Union européenne peine à maintenir son unité sur les sanctions contre Moscou

Les négociations autour des nouvelles sanctions contre la Russie deviennent de plus en plus difficiles. Derrière les déclarations d'unité, plusieurs États membres de l'UE défendent désormais leurs propres intérêts économiques et demandent des dérogations, compliquant l'adoption d'un nouveau paquet de mesures.

L'Union européenne fait face à un « effondrement » du soutien aux nouvelles sanctions économiques contre la Russie, plusieurs gouvernements refusant d'approuver des mesures susceptibles de nuire aux plus grandes entreprises de leurs pays, rapporte le 19 juillet le Financial Times, citant des diplomates.

Selon le quotidien britannique, la Grèce, la France, l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche et le Portugal ont demandé des exemptions au dernier paquet de sanctions ou ont directement bloqué certaines mesures. Une telle opposition pourrait, d'après le journal, compromettre la poursuite du soutien européen à l'Ukraine.

Selon l'un des diplomates, les capitales européennes continuent d'afficher une ligne ferme et d'invoquer la solidarité, mais cette unité tend à disparaître dès lors que leurs intérêts nationaux sont directement concernés.

Le dernier projet de sanctions comprend des mesures visant les exportations russes et le système financier du pays, ainsi qu'un mécanisme destiné à maintenir artificiellement bas le prix du pétrole russe exporté vers des pays tiers.

La Grèce s'est opposée à ce mécanisme, celui-ci risquant de porter préjudice au milliardaire grec George Prokopiou. D'autres pays ont également contesté plusieurs dispositions du nouveau paquet. Le Portugal et l'Allemagne ont demandé la levée de l'interdiction d'acheter du poisson russe, invoquant la nécessité de soutenir leurs industries locales de transformation des produits de la mer.

La France et l'Italie souhaitent, pour leur part, assouplir l'interdiction de délivrer des visas aux ressortissants russes ayant participé aux combats en Ukraine. L'Autriche, quant à elle, a de nouveau réclamé le déblocage de 2 milliards d'euros d'actifs russes afin de dédommager Raiffeisen Bank pour l'amende qui lui a été infligée par la Russie.

Un autre diplomate, cité par le Financial Times, a estimé que la multiplication des exemptions et des failles constituait une crise majeure pour la politique européenne de sanctions. Selon lui, si chaque pays continue de réclamer des dérogations, les futurs paquets risquent de perdre toute portée réelle.

Une politique de sanctions de plus en plus fragilisée

À ce jour, l'Union européenne a adopté vingt paquets de sanctions contre la Russie. Certaines de ces mesures ont nécessité plusieurs semaines de discussions et de pressions diplomatiques sur des gouvernements réticents avant de pouvoir être approuvées à l'unanimité. Les diplomates ont toutefois estimé que l'ampleur de l'opposition aux mesures contenues dans le dernier paquet a atteint un niveau sans précédent.

En juin, la Commission européenne a présenté un vingt-et-unième paquet de sanctions contre la Russie. Celui-ci vise notamment les banques, le complexe militaro-industriel, la prétendue « flotte fantôme » et le secteur énergétique. Le 13 juillet, les ministres des Affaires étrangères des pays de l'Union européenne ne sont cependant pas parvenus à s'entendre sur son adoption. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a reconnu que les sanctions antirusses causaient également des dommages à l'économie européenne.

De son côté, la Russie juge les sanctions occidentales illégales. Le Kremlin a affirmé à plusieurs reprises que l'économie russe continuait de fonctionner malgré le grand nombre de sanctions imposées par les pays occidentaux et qu'elle a développé une « certaine immunité » à leur égard.