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Violences contre les Alaouites à Homs : la société syrienne fracturée par les assassinats à moto

Les assassinats à moto à Homs illustrent une violence devenue diffuse, rapide et largement impunie. Ils s’inscrivent dans un contexte de fragmentation sociale et institutionnelle depuis le départ d'Assad. Au-delà des cas individuels, ils révèlent une recomposition instable de l’ordre sécuritaire et des rapports communautaires.

À Homs, l’assassinat d'un couple survenu dans le quartier d’Akrama illustre moins un fait divers isolé qu’un mode de violence devenu structurel. Leur mort brutale, dans un espace résidentiel ordinaire, s’inscrit dans une série d’exécutions similaires qui touchent la ville depuis le départ d'Assad en décembre 2024.

Ce type de meurtre, caractérisé par sa rapidité et son anonymat, produit un effet central : l’effacement du lien entre auteur, victime et justice. À Homs, la violence ne passe plus nécessairement par des affrontements ouverts, mais par des actions ciblées, brèves et non revendiquées, qui alimentent une insécurité diffuse. Des témoignages recueillis et rapportés par L’Orient-Le Jour évoquent une population contrainte à l’autocensure, où la peur précède l’explication.

Plus de 300 assassinats

Les données compilées par l’association Seen for Civil Peace font état de plus de 300 morts dans la province depuis le départ de l'ancien gouvernement. Dans ce contexte, plusieurs analystes interrogés décrivent Homs comme un espace où se superposent violences de vengeance, criminalité opportuniste et règlements de comptes communautaires, sans qu’aucune grille de lecture unique ne suffise à les expliquer.

L’un des éléments structurants de cette dynamique est l’absence de réponse judiciaire crédible. L’impunité, qu’elle soit liée à l’effondrement des institutions ou à leur sélectivité, transforme chaque crime non élucidé en précédent. Le phénomène des « meurtres à moto », déjà observé dans plusieurs quartiers, illustre cette logique : des exécutions répétées, peu investiguées, qui finissent par produire une forme d’acceptation contrainte de la violence.

Dans ce cadre, la dimension communautaire, notamment alaouite, revient fréquemment dans les perceptions locales. Certains habitants associent ces attaques à des logiques de représailles héritées de la guerre, tandis que les autorités tendent à les requalifier en actes criminels isolés. Cette divergence d’interprétation contribue à creuser un fossé entre récit officiel et expérience vécue.

Au-delà des motivations individuelles, ces assassinats révèlent surtout une recomposition de l’ordre social à Homs : fragmentation des protections étatiques, montée d’acteurs armés informels et persistance de mémoires de guerre non résolues. La ville devient ainsi un espace où la frontière entre violence politique, sociale et criminelle s’estompe.