Paris accueille le 18 mai le sommet des ministres des Finances du G7, une rencontre stratégique à un mois du sommet des chefs d’État et de gouvernement prévu à Évian du 15 au 17 juin. Sous présidence française, cette réunion rassemble les responsables économiques de l’Allemagne, du Royaume-Uni, du Canada, des États-Unis, de la France, de l’Italie et du Japon dans un contexte international particulièrement tendu.
Le gouvernement français entend faire de ce rendez-vous une démonstration de la capacité des grandes puissances occidentales à préserver le dialogue multilatéral malgré des intérêts de plus en plus divergents. « Aujourd’hui, on va montrer que le multilatéralisme, c’est utile et que ça fonctionne », a affirmé le ministre français de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, à l’ouverture des travaux.
Mais derrière cette volonté affichée d’unité, les fractures apparaissent de plus en plus nettement au sein du G7. Les tensions commerciales alimentées par les nouvelles surtaxes douanières imposées par Washington sous l’administration de Donald Trump compliquent les discussions. Plusieurs capitales européennes peinent à accepter ce durcissement américain, perçu comme une remise en cause des équilibres commerciaux entre alliés.
Le Moyen-Orient au cœur des préoccupations
Les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient figurent parmi les priorités des discussions. Le blocage du détroit d’Ormuz suscite une vive inquiétude au sein des grandes économies industrialisées. Ce passage maritime stratégique demeure essentiel pour le transport mondial des hydrocarbures et des engrais.
Les perturbations dans cette zone ont déjà provoqué une hausse des cours de l’énergie et alimenté les craintes inflationnistes. Le Fonds monétaire international anticipe désormais une croissance mondiale plus faible et une inflation plus élevée en 2026.
Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, a insisté sur la nécessité de rétablir rapidement la stabilité dans la région. « Cette guerre nuit fortement au développement économique. Tout doit être mis en œuvre pour y mettre un terme définitif et garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », a-t-il déclaré.
Pour l’heure, une nouvelle libération coordonnée des réserves stratégiques de pétrole n’est pas envisagée, même si Paris n’exclut pas cette option en cas d’aggravation de la situation. Roland Lescure a indiqué être prêt à « discuter » d’une telle mesure si la circulation maritime restait durablement perturbée.
Les marchés financiers réagissent déjà à ces tensions. Ces derniers jours, les investisseurs ont massivement vendu des obligations d’État, provoquant une hausse des taux d’intérêt sur les dettes souveraines et ravivant les inquiétudes sur le coût du financement des économies occidentales.
Les terres rares, nouvel enjeu stratégique
Au-delà des crises immédiates, les discussions portent également sur la dépendance des économies du G7 aux minerais critiques et aux terres rares, largement dominés par la Chine. Ces matériaux sont devenus indispensables pour les secteurs de l’électrification, des batteries, des technologies vertes ou encore de la défense.
« Les terres rares, c’est le chaînon manquant de l’électrification », a résumé Roland Lescure, soulignant la nécessité pour les pays industrialisés de sécuriser leurs approvisionnements de manière indépendante.
Ces dernières années, Pékin a plusieurs fois limité certaines exportations de composants stratégiques ou utilisé sa position dominante pour influencer les prix mondiaux, renforçant les inquiétudes des puissances occidentales.
À Paris, la présidence française espère au minimum obtenir un constat partagé sur les déséquilibres économiques et commerciaux actuels. Dans un contexte de tensions croissantes entre partenaires historiques, parvenir à une déclaration commune constituerait déjà un succès diplomatique pour le G7.