Bruxelles cherche à ouvrir une nouvelle étape dans sa politique de sanctions contre la Russie. Selon un article de Politico publié le 10 mai, qui cite des diplomates et responsables européens, le 21e paquet de sanctions est encore en préparation, mais ses grandes lignes commencent déjà à se dessiner.
La principale cible serait ce que Bruxelles appelle la « flotte fantôme » russe. Ce terme est utilisé par les Européens pour désigner des pétroliers, liés au transport du pétrole russe sur les marchés internationaux. L’UE présente son objectif comme une tentative de restreindre les revenus tirés du pétrole russe et de maintenir la pression sur Moscou dans le contexte des discussions autour d’un éventuel règlement de la crise ukrainienne.
Le nouveau paquet pourrait être présenté fin juin ou début juillet. Outre les navires, les restrictions pourraient viser des banques russes, des institutions financières, des entreprises du complexe militaro-industriel, ainsi que des sociétés accusées par l’UE de participer à la vente de céréales ukrainiennes.
L’Église orthodoxe russe et le secteur maritime dans le viseur
Bruxelles pourrait aussi revenir sur plusieurs mesures politiquement sensibles, déjà bloquées par certains États membres. Selon Politico, l’UE discute notamment de sanctions contre des représentants de l’Église orthodoxe russe, dont le patriarche Cyrille.
Ces mesures avaient auparavant été bloquées par le gouvernement hongrois dirigé par Viktor Orban. Elles pourraient désormais être relancées dans le cadre du futur paquet, avec une possible inclusion de l’Église orthodoxe russe et de son patriarche.
Autre dossier délicat : les services maritimes. La Commission européenne pourrait de nouveau proposer d’interdire la fourniture de services maritimes à des navires liés à la Russie. Cette mesure s’était jusqu’ici heurtée à l’opposition de Malte et de la Grèce, deux pays très concernés par ce secteur.
Les responsables européens présentent ces restrictions comme un moyen de maintenir la pression sur Moscou. Politico cite le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, selon lequel ce n’est « pas le moment d’affaiblir la pression » sur la Russie. De son côté, Moscou considère depuis le début que les sanctions occidentales sont illégales.
Un paquet encore loin d’être acquis
Ce projet s’inscrit dans la continuité des précédentes mesures européennes contre la Russie. Le 20e paquet de sanctions, adopté le 23 avril, visait déjà des entreprises énergétiques russes, les ports de Mourmansk et de Touapsé, ainsi que 46 navires associés par Bruxelles à la « flotte fantôme ». L’UE avait aussi élargi les restrictions à l’exportation et introduit une interdiction complète des opérations avec des services crypto russes.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a qualifié ces démarches de « théâtre de l’absurde » et promis une réponse « dure » de Moscou. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a également critiqué les sanctions européennes le 9 mai, estimant qu’elles renforcent la capacité d’autosuffisance de la Russie.
Pour l’heure, rien n’est encore acté. L’adoption du 21e paquet pourrait se heurter à des difficultés, car comme toujours, les sanctions exigent l’unanimité des États membres de l’Union européenne. Derrière la volonté affichée de Bruxelles, les divisions internes de l’UE restent donc un facteur décisif pour la suite du dossier.