La question n'est plus de savoir s'il faut parler à la Russie, mais qui pourrait le faire et pour dire quoi. Sur ces deux points, les Vingt-Sept n'ont aucune réponse. D'après le Financial Times (FT), le président du Conseil européen, António Costa, a confirmé qu'il consultait les dirigeants de l'UE afin de déterminer comment organiser ce travail et de quoi il faudrait discuter avec la Russie au moment venu.
Il a précisé que Bruxelles ne comptait pas interférer avec les pourparlers américains. António Costa a également admis qu'aucun signal de Moscou ne laissait entrevoir une volonté de discuter avec l'UE. Ce qui inquiète surtout les Européens, note le FT, c'est que les pourparlers entre Washington, Moscou et Kiev s'éternisent, et que l'UE reste à l'écart des décisions qui façonneront la sécurité du continent.
Le cabinet de Zelensky a confirmé que le sujet avait été abordé avec le président du Conseil européen, tout en insistant sur la nécessité d'une « position européenne unifiée ». Or, cette unité fait défaut. Le quotidien britannique souligne que les dirigeants européens ne parviennent à s'entendre ni sur la personne qui parlerait au nom du bloc, ni sur le moment opportun, ni sur le contenu d'une éventuelle offre à transmettre au Kremlin.
Quelques tentatives individuelles ont malgré tout eu lieu. Début février, le président français, Emmanuel Macron, a évoqué un dialogue technique avec Moscou. Peu après, son conseiller diplomatique, Emmanuel Bonne, s'est discrètement rendu à Moscou pour rencontrer le conseiller du président russe, Iouri Ouchakov. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a fait savoir que cette visite n'avait produit « aucun signal positif » sur le dossier ukrainien. En mars, le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a plaidé pour une normalisation des relations avec la Russie, rappelant deux siècles de liens bilatéraux. Il a insisté sur le fait que Berne « avait tout mis en oeuvre » pour maintenir ces canaux, malgré les sanctions.
Le Kremlin a répété à plusieurs reprises que la Russie restait ouverte au dialogue. Toutefois, comme l'a souligné le président russe, Vladimir Poutine, l'Europe n'a « aucun agenda de paix » et se range « du côté de la guerre ».