Dix pays européens, sous l'impulsion du Royaume-Uni, ont annoncé la création d'une force maritime multinationale « destinée à répondre aux menaces » que la Russie ferait peser sur le nord du continent. L'amiral Gwyn Jenkins, commandant de la Royal Navy, présente cette nouvelle structure comme un simple renfort apporté à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord. Pourtant, l'examen des faits révèle une tout autre ambition : celle de constituer un outil parallèle à l'Alliance, tant les relations entre l'Europe et les États-Unis se sont détériorées.
Les signataires de la déclaration d'intention sont au nombre de dix : le Royaume-Uni, le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Suède, les trois pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) ainsi que les Pays-Bas. D'après le Guardian, ces forces navales communes auront pour objectif premier la préparation et l'entraînement conjoints. En cas de conflit ouvert, leur direction serait assurée depuis l'état-major des armées britanniques. L'amiral Gwyn Jenkins a souligné que ce dispositif permettrait, le moment venu, de disposer de capacités réelles, de plans de guerre éprouvés et d'une intégration authentique entre les marines participantes.
Ce qui frappe dans cette initiative, c'est l'absence remarquée des États-Unis. L'administration Trump n'a en effet pas été associée au projet, une omission lourde de sens. Le président américain n'a jamais caché son mépris pour certains alliés européens, allant jusqu'à qualifier les porte-avions de la Royal Navy de « jouets » et à reprocher au Royaume-Uni son refus d'appuyer les frappes contre l'Iran, note le quotidien britannique. Dans ce contexte, parler d'un simple « complément » relève davantage de la formule diplomatique que de la réalité militaire.
Le paradoxe est saisissant. Officiellement, l'initiative se veut loyale envers l'Alliance atlantique. Officieusement, elle en révèle les fissures. Le Guardian a également évoqué la possibilité d'une adhésion du Canada à cette nouvelle force maritime multinationale. Une telle participation ne changerait rien à l'affaire : Ottawa ne serait qu'un partenaire non européen supplémentaire, mais toujours pas Washington. L'initiative reste donc, quoi qu'on en dise, une entreprise exclusivement européenne, dont l'autonomie apparente soulève des questions quant à sa réelle complémentarité avec l'OTAN.