À Washington, l’offensive contre l’Iran n’est plus seulement défendue au nom de la sécurité ou de la stratégie. Dans une partie du camp trumpiste, elle est aussi présentée comme un affrontement chargé d’une portée religieuse, lié à l’idée d’une bataille finale entre le bien et le mal.
C’est ce que souligne le média britannique The Independent, qui explique qu’« une croyance commune dans la fin des temps » traverse aujourd’hui une partie des centres de pouvoir américains, tout en imprégnant le discours tenu autour de la guerre contre l’Iran. Le texte insiste en particulier sur la place de Pete Hegseth, présenté comme une figure marquée par une vision à la fois religieuse et civilisationnelle du conflit.
Cette lecture se retrouve aussi dans plusieurs autres récits, qui évoquent « Armageddon » et une « croisade religieuse », affirmant que des commandants américains ont expliqué à leurs soldats que la guerre contre l’Iran relevait du « plan de Dieu » et devait préparer le retour du Christ. L’idée mise en avant est la même : ce discours ne relèverait pas d’un dérapage isolé, mais d’un climat plus large de politisation évangélique au sein de l’appareil militaire américain.
Plaintes dans l’armée et inquiétudes autour de la chaîne de commandement
C’est sur ce point que les recoupements sont les plus nombreux. The Intercept rapporte que des commandants présentent la guerre comme « God’s Divine Plan ». Le média s’appuie sur des signalements transmis à la Military Religious Freedom Foundation, une organisation chargée de défendre la liberté religieuse au sein des forces armées américaines.
Plusieurs récits évoquent aussi plus de 200 plaintes émanant de dizaines d’unités militaires. D’après ces informations, un sous-officier a dénoncé un briefing pendant lequel un commandant aurait affirmé que Donald Trump avait été « oint par Jésus » pour déclencher l’Armageddon en Iran. Pris ensemble, ces témoignages dessinent moins une formule isolée qu’un climat plus général.
Dans ce récit, un nom revient sans cesse : Pete Hegseth. Il apparaît comme l’incarnation d’un christianisme offensif, guerrier, nourri par l’imaginaire des croisades. The Nation souligne, de son côté, qu’en l’absence de justification politique claire, la guerre contre l’Iran est de plus en plus racontée dans les termes d’une guerre sainte.
Le trumpisme religieux en toile de fond
Au-delà des déclarations les plus spectaculaires, plusieurs textes insistent sur un cadre politique plus large. Le second mandat de Donald Trump est présenté comme fortement appuyé sur la base évangélique, notamment sur les courants les plus radicaux du sionisme chrétien. Le soutien inconditionnel à Israël et la croyance dans une bataille finale précédant le retour de Dieu sont ainsi décrits comme une clé importante pour comprendre le climat politique actuel à Washington.
Tous les récits n’emploient pas les mêmes mots, ni le même niveau de prudence. Mais une tendance commune se dégage clairement : la guerre est enveloppée d’un discours religieux qui brouille les objectifs réels de Washington. Entre logique de puissance, rhétorique apocalyptique et déclarations contradictoires de l’administration Trump, le conflit apparaît comme une escalade dangereuse, où l’action militaire se mêle de plus en plus à une vision idéologique assumée.