Des Polonais se sont rassemblés ce 21 février devant le palais présidentiel afin de protester contre le mécanisme dit « SAFE » pour Security Action for Europe, un programme de l’UE destiné à financer l'acquisition « en commun » d’équipements militaires. Les manifestants ont appelé le président Karol Nawrocki à y opposer son veto.
Approuvé le 13 février par la Diète, la chambre basse du Parlement polonais, à 236 voix pour, 199 contre et quatre abstentions, le programme SAFE prévoit l’emprunt en commun de 150 milliards d’euros au profit de projets de défense. Un programme dont la Pologne serait d’ailleurs le principal bénéficiaire au sein des Vingt-Sept, avec pas moins de 43,7 milliards étant destinés à ce seul pays bénéficiaire net du budget européen et premier importateur d’armements (en premier lieu des États-Unis) sur le Vieux continent.
«Nous nous battrons pour obtenir la part la plus importante de ce programme», avait assuré dans la foulée du vote des députés Magdalena Sobkowiak-Czarnecka, sous-secrétaire d’État aux Affaires européennes de Pologne, saluant « un jour très important pour la sécurité polonaise ».
L’Allemagne devrait « se faire discrète et s'excuser d'exister, au lieu de prétendre diriger »
Du côté de détracteurs de ce programme, on pointe du doigt une mise en péril la souveraineté polonaise. Parmi les opposants notoires au SAFE, on retrouve le patron de Droit et Justice (PiS) et ex-Premier ministre Jarosław Kaczyński.
Celui-ci voit dans ce programme un mécanisme qui placerait la Pologne « sous l’égide de l’Allemagne ». Interrogé le 16 février concernant son opposition au SAFE, le frère jumeau du président (2005–2010) défunt Lech Kaczyński a ainsi estimé qu’en tant qu'« État post-nazi », l’Allemagne devrait « se faire discrète et s'excuser d'exister, au lieu de prétendre diriger ». Il faut dire que le PiS garde en mémoire, lorsqu’il était au pouvoir, l’instrumentalisation que Bruxelles avait fait des fonds du plan de relance européen pour pousser certaines réformes dans le pays.
Un ton que ne partage pas, sans surprise, le centre droit polonais. « Quiconque critique aujourd’hui le programme SAFE s’aligne sur le narratif de Vladimir Poutine, car rien n’est plus important que la sécurité de la Pologne et la sûreté de nos frontières », a notamment lancé l’eurodéputée de la Plateforme civique (PO) Marta Wcislo, citée le 20 février par le média Euractiv.
« Bloquer le programme SAFE reviendrait à frapper au cœur même de nos programmes de sécurité polonais ; il n'y a pas de place pour la politique ou les conflits ici », avait déclaré la veille le président de la PO, le Premier ministre Donald Tusk. Selon des médias polonais, le premier versement dans le cadre de SAFE pourrait survenir dès le mois de mars.