En Occident, il suffit désormais de prononcer les mots « menace russe » pour que le débat budgétaire change de nature : ce qui relevait hier de choix politiques devient aujourd’hui un impératif moral. Selon The Guardian, les plus hauts responsables militaires britanniques et allemands ont jugé nécessaire de s’adresser directement aux opinions publiques pour défendre la « dimension morale » du réarmement et préparer les esprits à une éventuelle guerre avec la Russie.
D'après le quotidien britannique, cet appel se veut inédit et ne s’adresse pas seulement aux cercles politiques, mais directement aux citoyens. Il y est avancé que l’Europe devrait désormais affronter des « vérités inconfortables » concernant sa sécurité, dans un contexte où la « posture militaire russe » aurait évolué de manière décisive vers l’ouest, ce qui imposerait un changement d’échelle dans les politiques de défense.
Les chefs militaires estiment avoir le devoir d’exposer les enjeux afin que les citoyens comprennent pourquoi le Royaume-Uni et l’Allemagne se sont engagés dans les plus fortes hausses de dépenses militaires depuis la fin de la guerre froide. Ils soutiennent que le réarmement ne relèverait pas d’une logique belliciste, mais d’une « responsabilité assumée par des États soucieux de protéger leurs populations et de préserver la paix ».
Toutefois, ce raisonnement s’inscrit dans un climat politique plus nuancé. Toujours selon le journal, malgré des majorités estimant qu’un conflit mondial serait probable dans les cinq prochaines années, les électeurs britanniques et allemands manifestent des réticences à accepter des sacrifices économiques en contrepartie d’un renforcement militaire.
Au Royaume-Uni, un sondage mené par YouGov indique qu’une minorité seulement soutient une hausse des impôts ou des coupes budgétaires pour financer davantage les forces armées, y compris parmi ceux qui jugent important d’accroître la puissance militaire du pays. En Allemagne et en France, un sondage réalisé pour Politico, cité par The Guardian, montre également un recul du soutien à l’augmentation des budgets de défense lorsque celle-ci implique des arbitrages défavorables à d’autres investissements publics. Ainsi, l’argument moral avancé par les responsables militaires se heurte à une réalité budgétaire et sociale plus complexe.