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Davantage d’élargissement européen : «antidote à l’impérialisme russe», une «priorité», selon Kallas

Ce 15 février, dernier jour de la Conférence de sécurité, Kaja Kallas a évoqué une «nouvelle stratégie de sécurité européenne» sur laquelle elle plancherait avec Ursula von der Leyen. Brandissant la menace russe, le chef de la diplomatie européenne a prôné la poursuite de l’élargissement de l’UE et la multiplication des accords internationaux.

« Contrairement à ce que certains peuvent affirmer, l’Europe "décadente et woke" n’est pas menacée d’effacement civilisationnel. En réalité, des gens veulent toujours rejoindre notre club », a affirmé ce 15 février Kaja Kallas, dans le propos luminaire d’une table ronde sobrement intitulée « Européens, rassemblez-vous ». « Et pas seulement nos compatriotes européens. Quand j’étais au Canada, l’an dernier, on m’a dit que plus de 40 % des Canadiens étaient intéressés de rejoindre l’Union européenne », a poursuivi le chef de la diplomatie européenne.

Une référence au résultat d’un sondage effectué fin février 2025 par Abacus Data, et selon lequel 44 % des Canadiens interrogés ont estimé que leur pays devrait rejoindre l’UE. Ce que Kaja Kallas n’a pas précisé, c’est que la question portant sur cette hypothétique adhésion au bloc européen avait été posée au regard des « récentes menaces tarifaires » de Donald Trump et « la possibilité que le Canada devienne le 51e État » américain, comme souligné par Abacus Data dans son rapport d’étude.

Kallas a alors présenté « trois priorités », à savoir « la défense de l'Europe », s’attardant alors longuement sur la Russie. Pays qui, affirme-t-elle, « est en ruines » et « au-delà de l’Ukraine » chercherait « déjà à paralyser les économies par le biais de cyberattaques, à perturber les satellites, à saboter les câbles sous-marins, à fracturer les alliances par la désinformation et à contraindre les pays en militarisant le pétrole et le gaz ». Un éventail auquel elle a ajouté « bien sûr, la menace nucléaire ».

« Pour répondre à ces défis, de manière cohérente et systématique, je travaille en étroite collaboration avec Ursula von der Leyen sur l’élaboration d’une nouvelle stratégie européenne », a alors mis en avant Kallas. Une stratégie qui, a-t-elle poursuivi, « abordera toutes les dimensions de la sécurité européenne», de la défense à l’économie, assurant que « la sécurité est indivisible ». L’ancienne première ministre estonienne est également revenue sur les négociations de paix qui, pour l’heure, se déroulent sans un Européen à la table.

« Notre priorité ici est l’élargissement : l’antidote à l’impérialisme russe »

« En matière de négociations, ce qui compte plus que d'avoir une place à la table, c'est de savoir quoi demander une fois assis là », a-t-elle relativisé, présentant par la même occasion ce qu’elle estime être « le minimum que la Russie devrait accepter si la paix est son objectif », à savoir : la limitation de la taille de l’armée russe si celle de l’Ukraine venait à l’être, la compensation de tous les dégâts, à quoi ne s’ajouteraient aucune « amnistie pour les crimes de guerre », tout en demandant « le retour des enfants ukrainiens déportés ».

Quant à la deuxième « priorité », celle-ci semble là encore intrinsèquement liée à la Russie. Se drapant dans les oripeaux de la « stabilité du voisinage européen », Kaja Kallas a évoqué sans détour « l’élargissement » de l’UE, le présentant comme « antidote à l’impérialisme russe ».

« L’élargissement est aujourd’hui un choix géopolitique et nous devons dire oui », a-t-elle doctement adressé à son auditoire, après avoir cité l’historien américain Timothy Snyder. Cette sortie ne sera d’ailleurs pas la seule référence culturelle de celle qui – affirmait-elle encore fin janvier –, « serait très intelligente » à la fin de son mandat à la Commission européenne. « Les héros se définissent par les choix qu’ils font, non par les pouvoirs dont ils sont dotés », a conclu Kallas citant « l'univers Marvel », non sans avoir présenté sa « troisième priorité ».

« C'est véritablement alarmant »

Cette dernière n’est autre que les « partenariats internationaux ». À ce titre, le chef de la diplomatie européenne a choisi de mettre en avant les accords commerciaux. « L'Union européenne a mis en place le plus vaste réseau de libre-échange au monde. Près de 80 pays sont aujourd'hui couverts par des accords commerciaux de l'UE », s’est-elle félicitée après des mois de vives polémiques et tensions autour de la signature de l’accord de libre-échange UE-Mercosur.

Une intervention qui vient s’ajouter à toutes celles qui, au cours de ces trois jours, ont ponctué cette 62e Conférence de Munich sur la Sécurité. Un rendez-vous annuel rassemblant un large panel de décideurs occidentaux et de figures atlantistes qui ont démultiplié les déclarations militaristes sous couvert de la « menace russe ».

« La Conférence de Munich sur la sécurité de cette année s'est avérée totalement inutile. Ou, plus exactement, dénuée de toute valeur ajoutée. Elle n'a finalement été qu'une réunion de la "coalition" de ceux qui souhaitent la guerre », a notamment déclaré sur sa chaîne Telegram Konstantin Kosatchev, vice-président du Conseil de la Fédération, chambre haute du Parlement russe.

« C'est véritablement alarmant, car le "parti de la guerre" semble avoir vaincu tout et (presque) tout le monde en Europe, y compris le bon sens et même l'instinct de conservation », a-t-il estimé. Le sénateur a notamment souligné le ton de la discussion, au cours de ces trois jours, des Européens sur la manière dont ils devaient doper leurs capacités militaires, ou « de ce qui restait à faire pour la victoire de l'Ukraine », évoquant notamment les propos du sénateur républicain du Mississippi, Roger Wicker, de « déchaîner les missiles Tomahawk ».