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Bébés à la carte : Epstein lié à des tests dans un laboratoire en Ukraine ?

D’après la correspondance de Jeffrey Epstein, dont de nombreux éléments ont été publiés fin janvier par le Département américain de la Justice, l’homme d’affaires s’est vu proposer à l’été 2018 de participer à un projet de «bébés à la carte» par le biais d'expériences menées dans un laboratoire en Ukraine.

Les jours passent et les révélations sur l’affaire Epstein également. Dans la volée de documents publiés le 30 janvier par le Département de la Justice (DoJ) des États-Unis apparaissent des échanges de mails entre l’homme d’affaires américain et un certain Bryan Bishop. Deux individus qui, visiblement, ont plutôt pour habitude de parler cryptoactifs.

Fin juillet 2018, cet « investisseur en Bitcoin » féru d’« augmentation de l'être humain » – comme des médias anglophones ont depuis présenté Bryan Bishop –, sollicite le milliardaire à propos d’un projet de « bébé à la carte ». « Je n’ai aucun problème pour investir. Le seul souci, c’est si je suis perçu comme celui qui dirige », lui répond alors Epstein.

« On ne peut pas rendre publique leur identité ni celle de leurs parents ou de leurs financeurs, malheureusement, cela marquerait à vie l’enfant pour les médias comme une curiosité » a défendu Bishop dans un autre courriel. « J’ai donc toujours supposé que, pour ce type de produits, l’investisseur devrait bénéficier d’un anonymat absolu », a insisté celui qui a récemment affirmé auprès du Daily Mail être « fier » de n’avoir « jamais accepté de financement d’Epstein ».

« J’aime bien l’idée : implanter l’embryon, attendre neuf mois... et un beau final »

Quelques jours plus tard, début août, Bryan Bishop envoie à Jeffrey Epstein  un mail contenant un document qu’il « a demandé », à savoir un « tableur "utilisation des fonds" pour la société de bébés à la carte et de clonage humain ». Bishop, demandant à Epstein son feed-back sur ses estimations, notamment en termes de délais « pour parvenir à la première naissance vivante », fait part à l’homme d’affaires de son intention de s’entretenir de vive voix avec lui sur ce projet, voire de le rencontrer « en personne ». « Pas de précipitation », lui répond laconiquement Epstein.

Dans un mail envoyé à la fin de ce même mois d’août, Bishop annonce à Epstein être notamment en train de procéder à « davantage de tests sur des souris dans mon laboratoire en Ukraine », précisant brièvement qu’il s’agit de manipulations d’ordre chirurgical ainsi que de micro-injections. Des expérimentations en Ukraine menées en parallèle de tests de qualité de sperme, à l'aide de sondes fluorescentes, effectués par un « amateur dans le Mississipi », évoque encore Bishop. « J’aime bien l’idée : implanter l’embryon, attendre neuf mois… et un beau final », lui avait écrit – quelques minutes plus tôt – Jeffrey Epstein.

Un laboratoire « à l’étranger » qui va refaire surface plusieurs mois plus tard, fin novembre, Bishop annonçant que la structure « a communiqué des résultats concernant des expériences de transfections sur des testicules de souris ». « On observe environ 5 % d’efficacité, ce qui pourrait être suffisant, des tests supplémentaires sont en cours. Mais, à terme, cette méthode reste inférieure à notre nouvelle technique de modification embryonnaire », peut-on lire.

Un labo ukrainien financé à coups de Bitcoins

Ces expérimentations en Ukraine ne sont pas un secret. Début 2019, dans un article fleuve dédié au travail de ce « passionné » des bébés à la carte, le MIT Technology Review évoquait la visite virtuelle d’« un laboratoire ukrainien qu’ils financent » – avec Max Berry, chercheur en biotechnologie. « Un laboratoire de l'Institut de gérontologie de l'Académie des sciences médicales d'Ukraine, à Kiev », peut-on lire.

Une visite qui « intéressait également », Bishop « car il n'avait pas encore mis les pieds en Ukraine », rapportait le magazine américain. « Pour financer les expériences, il a transféré des bitcoins aux Européens », a précisé le journaliste. Ce dernier a notamment fait part de l’envoi, par Bishop, de la photo d'une souris « écorchée vive, posée sur la platine du microscope, ainsi qu'un gros plan montrant l'injection de traces de colorant dans ses testicules ».

Selon la même source, ces expériences avaient – à l’époque – porté sur une trentaine de souris pour un succès quelque peu mitigé. « Dans quelques cas, les chercheurs sont parvenus, de façon limitée, à incorporer du matériel génétique dans les testicules des animaux », a relaté l’auteur de l’article, évoquant une opération consistant à injecter des brins d’ADN directement dans les gonades des rongeurs mâles avant de leur administrer « un choc électrique afin que les spermatogonies absorbent le matériel génétique ». « À ce jour, aucun souriceau transgénique n'a été obtenu », a-t-il précisé.

Epstein, du transhumanisme à l'eugénisme

Au cours de cette visite virtuelle, le guide des Américains, Dmytro Krasnienkov, « a ajouté que l'Ukraine est un pays pauvre, où le salaire moyen n'est que d'environ 350 dollars par mois » et que « c'est l'une des raisons pour lesquelles les institutions publiques acceptent des projets étrangers ».

Évoquant également cet échange avec Bishop, ce 5 février, The Telegraph est longuement revenu sur la « fascination » qu’aurait nourrie Epstein pour « l'amélioration de l'espèce humaine » et les « yeux bleus ». Un dessein qui, selon des sources du quotidien britannique allait « de faire cryogéniser sa propre tête et son pénis » jusqu'à « inséminer » – par sa personne – des dizaines de femmes « séduisantes et dotées d'un solide bagage littéraire » dans son ranch au Nouveau-Mexique. Un projet de « baby ranch » déjà détaillé par le New York Times en juillet 2019, dans la foulée de l'incarcération du milliardaire américain dans l'attente de son procès pour trafic de mineurs.