Les jours passent et les révélations sur l’affaire Epstein également. Dans la volée de documents publiés le 30 janvier par le Département de la Justice (DoJ) des États-Unis apparaissent des échanges de mails entre l’homme d’affaires américain et un certain Bryan Bishop. Deux individus qui, visiblement, ont plutôt pour habitude de parler cryptoactifs.
Fin juillet 2018, cet « investisseur en Bitcoin » féru d’« augmentation de l'être humain » – comme des médias anglophones ont depuis présenté Bryan Bishop –, sollicite le milliardaire à propos d’un projet de « bébé à la carte ». « Je n’ai aucun problème pour investir. Le seul souci, c’est si je suis perçu comme celui qui dirige », lui répond alors Epstein.
« On ne peut pas rendre publique leur identité ni celle de leurs parents ou de leurs financeurs, malheureusement, cela marquerait à vie l’enfant pour les médias comme une curiosité » a défendu Bishop dans un autre courriel. « J’ai donc toujours supposé que, pour ce type de produits, l’investisseur devrait bénéficier d’un anonymat absolu », a insisté celui qui a récemment affirmé auprès du Daily Mail être « fier » de n’avoir « jamais accepté de financement d’Epstein ».
« J’aime bien l’idée : implanter l’embryon, attendre neuf mois... et un beau final »
Quelques jours plus tard, début août, Bryan Bishop envoie à Jeffrey Epstein un mail contenant un document qu’il « a demandé », à savoir un « tableur "utilisation des fonds" pour la société de bébés à la carte et de clonage humain ». Bishop, demandant à Epstein son feed-back sur ses estimations, notamment en termes de délais « pour parvenir à la première naissance vivante », fait part à l’homme d’affaires de son intention de s’entretenir de vive voix avec lui sur ce projet, voire de le rencontrer « en personne ». « Pas de précipitation », lui répond laconiquement Epstein.
Dans un mail envoyé à la fin de ce même mois d’août, Bishop annonce à Epstein être notamment en train de procéder à « davantage de tests sur des souris dans mon laboratoire en Ukraine », précisant brièvement qu’il s’agit de manipulations d’ordre chirurgical ainsi que de micro-injections. Des expérimentations en Ukraine menées en parallèle de tests de qualité de sperme, à l'aide de sondes fluorescentes, effectués par un « amateur dans le Mississipi », évoque encore Bishop. « J’aime bien l’idée : implanter l’embryon, attendre neuf mois… et un beau final », lui avait écrit – quelques minutes plus tôt – Jeffrey Epstein.
Un laboratoire « à l’étranger » qui va refaire surface plusieurs mois plus tard, fin novembre, Bishop annonçant que la structure « a communiqué des résultats concernant des expériences de transfections sur des testicules de souris ». « On observe environ 5 % d’efficacité, ce qui pourrait être suffisant, des tests supplémentaires sont en cours. Mais, à terme, cette méthode reste inférieure à notre nouvelle technique de modification embryonnaire », peut-on lire.
Un labo ukrainien financé à coups de Bitcoins
Ces expérimentations en Ukraine ne sont pas un secret. Début 2019, dans un article fleuve dédié au travail de ce « passionné » des bébés à la carte, le MIT Technology Review évoquait la visite virtuelle d’« un laboratoire ukrainien qu’ils financent » – avec Max Berry, chercheur en biotechnologie. « Un laboratoire de l'Institut de gérontologie de l'Académie des sciences médicales d'Ukraine, à Kiev », peut-on lire.
Une visite qui « intéressait également », Bishop « car il n'avait pas encore mis les pieds en Ukraine », rapportait le magazine américain. « Pour financer les expériences, il a transféré des bitcoins aux Européens », a précisé le journaliste. Ce dernier a notamment fait part de l’envoi, par Bishop, de la photo d'une souris « écorchée vive, posée sur la platine du microscope, ainsi qu'un gros plan montrant l'injection de traces de colorant dans ses testicules ».
Selon la même source, ces expériences avaient – à l’époque – porté sur une trentaine de souris pour un succès quelque peu mitigé. « Dans quelques cas, les chercheurs sont parvenus, de façon limitée, à incorporer du matériel génétique dans les testicules des animaux », a relaté l’auteur de l’article, évoquant une opération consistant à injecter des brins d’ADN directement dans les gonades des rongeurs mâles avant de leur administrer « un choc électrique afin que les spermatogonies absorbent le matériel génétique ». « À ce jour, aucun souriceau transgénique n'a été obtenu », a-t-il précisé.
Epstein, du transhumanisme à l'eugénisme
Au cours de cette visite virtuelle, le guide des Américains, Dmytro Krasnienkov, « a ajouté que l'Ukraine est un pays pauvre, où le salaire moyen n'est que d'environ 350 dollars par mois » et que « c'est l'une des raisons pour lesquelles les institutions publiques acceptent des projets étrangers ».
Évoquant également cet échange avec Bishop, ce 5 février, The Telegraph est longuement revenu sur la « fascination » qu’aurait nourrie Epstein pour « l'amélioration de l'espèce humaine » et les « yeux bleus ». Un dessein qui, selon des sources du quotidien britannique allait « de faire cryogéniser sa propre tête et son pénis » jusqu'à « inséminer » – par sa personne – des dizaines de femmes « séduisantes et dotées d'un solide bagage littéraire » dans son ranch au Nouveau-Mexique. Un projet de « baby ranch » déjà détaillé par le New York Times en juillet 2019, dans la foulée de l'incarcération du milliardaire américain dans l'attente de son procès pour trafic de mineurs.