Dans la nuit du 27 au 28 janvier, plus de 130 Palestiniens ont été arrêtés par l’armée israélienne lors d’une vaste opération menée principalement à Naplouse, Toubas et Qalqilya. Si la majorité des personnes interpellées ont été relâchées après interrogatoire, ces raids nocturnes, accompagnés de fouilles de domiciles, s’inscrivent dans une dynamique plus large.
Depuis octobre 2023, de nombreux analystes considèrent en effet la Cisjordanie occupée comme un second front de la guerre déclenchée à Gaza, avec une concentration particulière des opérations dans sa partie nord.
Cette région fait l’objet d’interventions militaires de plus en plus massives. Dès l’été 2024, Israël y a mené des opérations dites « antiterroristes » d’une ampleur inédite, mobilisant blindés, drones et hélicoptères. En janvier 2025, l’opération « Mur de fer » marque un tournant : le camp de réfugiés de Jénine est vidé de dizaines de milliers d’habitants, tandis que Tulkarem connaît des déplacements forcés d’une ampleur inégalée depuis 1967.
Jénine, Naplouse, Tulkarem : terres de résistance
Ces offensives s’appuient sur un constat ancien : le nord de la Cisjordanie occupée constitue un foyer historique de contestation et de résistance palestinienne. De la révolte contre le mandat britannique dans les années 1930 aux affrontements de la seconde Intifada, Jénine, Naplouse et Tulkarem ont toujours occupé une place centrale dans l’imaginaire et la pratique de la résistance.
Les camps de réfugiés, marginalisés et largement hors du contrôle sécuritaire de l’Autorité palestinienne, sont devenus le terreau de groupes armés locaux, souvent fragmentés et sans structure politique claire. Leur résilience explique en partie la répétition des opérations israéliennes, aux effets surtout tactiques, qui échouent à briser la résistance et nourrissent, paradoxalement, sa permanence.
Au-delà de l’argument sécuritaire, plusieurs experts soulignent l’arrière-plan politique de ces interventions. L’intensification militaire accompagne une accélération de la colonisation. La destruction d’infrastructures, l’exode des populations et l’annonce de nouvelles colonies autour de Jénine traduisent une stratégie visant à consolider le contrôle territorial et à rendre toujours plus hypothétique l’émergence d’un État palestinien.