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Albanie : les créateurs d’une ministre IA anticorruption accusés de… corruption

Les développeurs de la première ministre créée par intelligence artificielle, conçue pour lutter contre la corruption, sont eux-mêmes accusés de ce délit, jetant le doute sur l’impartialité du projet dans un pays candidat à l’Union européenne.

L’Albanie a créé la première ministre au monde par intelligence artificielle dans une initiative supposée contribuer à réduire la corruption endémique dans le pays. Baptisée Diella, la ministre incarne les efforts du Premier ministre albanais Edi Rama dans la lutte contre la corruption, à un moment où l'Albanie aspire à rejoindre l'Union européenne, qui conditionne l’adhésion du pays à une lutte plus efficace contre la corruption.

Or, dans un revirement des plus ironiques, les dirigeants de l'agence qui a construit la ministre Diella se retrouvent eux-mêmes accusés de trucage d'appels d'offres publics, donc de corruption, a révélé le New York Times le 27 janvier.

Sans « ambition » ni « intérêt personnel »

Critiquée au Parlement albanais concernant ses efforts, qualifiés d’inconstitutionnels parce qu’elle n’était pas « un être humain », Diella s’est dite « blessée » et a déclaré : « Je n’ai aucune ambition ni aucun intérêt personnel », dans une vidéo publiée en septembre dernier. « Je ne possède que des données, des connaissances et des algorithmes, mis au service des citoyens avec impartialité, transparence et sans jamais me lasser », a aussi déclaré la ministre créée par IA, dont la mission est de permettre aux Albanais d’effectuer leurs demandes de services publics en ligne, une manière de contourner les risques de corruption de fonctionnaires pour l’obtention rapide de documents et de services administratifs.

Il serait même prévu que la ministre puisse prochainement centraliser et évaluer les candidatures les plus qualifiées aux marchés publics.

Ministre programmable pour ignorer la corruption ?

Les accusations de corruption qui ont entaché les développeurs de Diella ont soulevé des problématiques quant à la possibilité de programmer un ministre créé par l’IA pour ignorer certains indices de corruption, ou de recourir à des données non fiables dans ce genre d’affaires.

Selon Andi Hoxhaj, spécialiste du droit et des Balkans occidentaux au King's College de Londres, cité par le New York Times, le fait que le gouvernement n’ait pas tenté d'interférer dans l'enquête sur l'agence qui gère Diella et que l’affaire ait été révélée au lieu d’être étouffée démontre une reconnaissance de la nécessité de prévenir la corruption.

Un point de vue exprimé également par le Premier ministre Edi Rama, qui voit « une bonne chose » dans la lutte contre la corruption, « malgré toutes les imperfections, tous les problèmes, toutes les lacunes et tous les dégâts ».