Europol tire la sonnette d’alarme : face à une production record en Amérique latine et une demande croissante en Europe, les réseaux criminels font preuve d’une « polyvalence » inédite pour contourner les dispositifs de surveillance. Dans un rapport publié le 27 janvier, l’agence européenne de police criminelle préconise de mieux cibler les actions antidrogues.
Des routes qui se déplacent, des techniques qui mutent
Les saisies de cocaïne ont significativement diminué dans les ports d’Anvers, Hambourg et Rotterdam, portes d’entrée historiques de la drogue en Europe, dans un contexte d’expansion de la consommation de cocaïne dans des pays comme la France. Selon l’agence européenne de police criminelle, basée à La Haye, les trafiquants redirigent probablement leurs cargaisons vers d’autres ports de l’Union européenne ou optent pour le fret aérien.
Les techniques maritimes se diversifient. Les « navires-mères » en provenance d’Amérique latine transfèrent la marchandise en haute mer à des embarcations plus petites, souvent au large de l’Afrique de l’Ouest ou en Europe du Nord. Le « drop-off », largage de ballots récupérés ensuite par d’autres navires, reste courant. Les semi-submersibles, embarcations conçues spécifiquement pour le trafic et de plus en plus sophistiquées, gagnent en autonomie : certains, équipés d’antennes et de modems, pourraient traverser l’Atlantique sans équipage à bord.
Le 26 janvier, les autorités portugaises ont annoncé la plus importante saisie de cocaïne jamais réalisée dans le pays : environ neuf tonnes découvertes à bord d’un narco-sous-marin intercepté au large des Açores, tandis qu’en France, les saisies de cocaïne ont connu une hausse de 130 % en un an, selon le ministère de l’Intérieur.
Pour déjouer les scanners, les chiens renifleurs et les analyses médico-légales, les narcotrafiquants recourent à des dissimulations avancées : cocaïne incorporée chimiquement dans des denrées alimentaires, plastiques, textiles, charbon de bois ou carton ; ou encore congelée en fines feuilles cachées dans de la poudre de yucca. La drogue peut aussi être dissimulée dans la coque des bateaux, sous la ligne de flottaison, ou dans des équipements industriels.
La directrice exécutive d’Europol, Catherine De Bolle, souligne que « l’évolution des tactiques des réseaux criminels pose un défi majeur pour les forces de l’ordre ».
Le commissaire européen Magnus Brunner appelle, de son côté, à « mieux cibler les priorités opérationnelles » pour perturber ces flux. Europol recommande d’étendre la surveillance au-delà des grands ports commerciaux, vers les petits ports, les zones côtières et les couloirs en haute mer, pour contrer cette inventivité croissante des réseaux.