C’est un constat sévère qui ressort d’un rapport de la Cour des comptes européenne publié le 19 janvier et qui met en lumière les difficultés chroniques des infrastructures phares de l’UE, censées fluidifier les échanges, renforcer le marché unique et soutenir la transition écologique.
Sur huit projets audités — quatre ferroviaires, un fluvial, un autoroutier et deux multimodaux — cofinancés à hauteur de 15 milliards d’euros par l’Union et impliquant 13 États membres, la moyenne des retards atteint 17 ans par rapport aux calendriers initiaux.
Les coûts, eux, ont augmenté de 82 % en moyenne.
Des chantiers emblématiques en grande difficulté
Le Lyon-Turin, liaison ferroviaire transalpine très contestée, cristallise les critiques : 18 ans de retard (achèvement prévu en 2033 au lieu de 2015), coûts plus que doublés (+127 % par rapport aux estimations initiales). Le tunnel de base de 57,5 km progresse, mais les voies d’accès françaises restent au stade de projet, limitant l’impact fret attendu.
Le canal Seine-Nord Europe, qui doit créer une « autoroute fluviale » entre le bassin parisien et les ports du Nord, affiche un retard de 22 ans (mise en service en 2032 au lieu de 2010) et des coûts triplés (+225 %).
Ces dérives s’expliquent par des crises (Covid-19, guerre en Ukraine), des aléas techniques, des exigences réglementaires accrues et des oppositions locales ou environnementales.
« La conclusion est limpide », tranche la Cour : l’objectif d’un réseau transeuropéen achevé en 2030 est « hors d’atteinte ».
Annemie Turtelboom, membre responsable du rapport, nuance : « Il y a beaucoup d’ambition, plein de bonnes intentions », mais « ça coince souvent au niveau des États membres et au moment de la mise en œuvre ».
La Roumanie fait figure d’exception avec son autoroute A1, attendue avant 2030.
Le rapport relance le débat sur l’efficacité des investissements européens dans les transports, alors que l’UE a aussi réaffirmé sa volonté de « mobilité militaire » en novembre et que les ambitions climatiques et économiques de l’Union dépendent largement de ces infrastructures, tandis que de plus en plus de voix appellent à repenser les priorités, notamment vers la rénovation des réseaux existants plutôt que de nouveaux mégaprojets.