Rheinmetall, qui ambitionne de devenir un incontournable de l’armement européen, va bientôt pouvoir tester en conditions réelles ses derniers modèles de blindés en Ukraine.
Dans un communiqué publié le 12 janvier, l’industriel de Düsseldorf a annoncé qu’il allait livrer aux forces ukrainiennes dès le début de cette année « ses premiers véhicules » de combat d'infanterie Lynx KF41. Un chenillé dont Kiev dispose déjà d’un exemplaire, comme l’avait rapporté début 2025 le Frankfurter Allgemeine Zeitung, citant le PDG de Rheinmetall, Armin Papperger.
La présente commande est chiffrée à « plusieurs dizaines de millions d'euros », pour cinq blindés « configurés spécifiquement pour répondre aux exigences des forces armées ukrainiennes », le tout à la charge du contribuable allemand, a précisé Rheinmetall, qui, à l’été 2024, partageait son ambition de signer un accord portant sur la fourniture à Kiev de « plusieurs centaines » de Lynx. Un véhicule qui, d'ailleurs, figure en lice afin d'équiper l'armée italienne, laquelle cherche à acquérir un millier de VCI. Un pas qu'a récemment franchi la Roumanie et que Rheinmetall entend également proposer à la Grèce.
Quant au potentiel offert par l'Ukraine, dès juillet 2023, Armin Papperger annonçait sur la chaîne américaine CNN l’implantation imminente d’une usine sur place, devançant tous ses concurrents lorgnant sur ce pays qui — en l’espace de quatre ans — s’est vu allouer, sur le seul volet militaire, plus de 157 milliards d’euros d’aides de ses alliés occidentaux, d’après les chiffres du think tank allemand Kiel Institute.
Rheinmetall, mascotte de la Bourse allemande sur fond de crises géopolitiques
Un opportunisme qui avait alors fait réagir à Moscou. « Il s’agit bien sûr d’une provocation, à laquelle le régime de Kiev et ses patrons occidentaux aiment tant recourir », avait dénoncé la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russes, Maria Zakharova, dans la foulée de l’annonce de Papperger.
« Le déploiement d'installations de production d'armes sur le territoire de l'Ukraine ne contribuera bien sûr pas à désamorcer les tensions et à résoudre le conflit autour » de l’Ukraine, avait déclaré Dmitri Peskov, quelques semaines plus tard, lorsque le britannique BAE System annonçait l’ouverture d’un bureau à Kiev.
Principal fournisseur de l'OTAN en obus d'artillerie de 155 mm, le développement de Rheinmetall a été dopé par le conflit en Ukraine et les politiques de réarmement impulsées à travers le Vieux Continent. À l’été 2025, Armin Papperger avait déclaré à la télévision allemande qu’il espérait voir le chiffre d’affaires de son entreprise quintupler d’ici 2030, le portant à 50 milliards d’euros.
Déjà dépeinte l’an passé comme la « star de la Bourse allemande », Rheinmetall a vu, depuis le début de cette année — marquée par le coup de force de Donald Trump au Venezuela et ses menaces à l’égard du Groenland —, sa valeur boursière augmenter de plus de 20 %.