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Wakanda forever : le ministre Lecornu critique la «représentation mensongère» de l'armée française

Réagissant au second volet de la superproduction des studios Marvel Black Panther, le ministre français des Armées a dénoncé «une représentation mensongère et trompeuse» de l'action de l'armée française en Afrique.

«Je condamne fermement cette représentation mensongère et trompeuse de nos forces armées» : Plus habitué à critiquer le groupe Wagner, accusé par Paris de diffuser des fake news anti-françaises en Afrique, Sébastien Lecornu ne s’attendait probablement pas à retourner son fusil contre une super production états-unienne. Dans un tweet, le ministre des Armées a fustigé ce 12 février la représentation de soldats français dans le film Black Panther : Wakanda Forever.

Dans une scène de ce Marvel, on peut voir des mercenaires prisonniers, à genoux devant la reine du Wakanda, un royaume africain fictif. Accusés de piller les ressources de ce dernier, ces paramilitaires se trouvent vêtus d'uniformes analogues à ceux des des soldats français déployés au Mali jusqu'en août dernier, et parlent français dans la version originale du film. Une ministre française doit aussi répondre de leurs actions devant les Nations unies. «La France est clairement désignée comme une nation voulant s’accaparer les ressources wakandaises dans l’avant-poste situé à Ansongo, dans la région de Gao au Mali» décrypte sur Twitter le journaliste Jean Bexon, dont le tweet a été cité par le ministre de la Défense Sébastien Lecornu.

Sorti début novembre dans les salles obscures tricolores, ce film au succès international est disponible depuis le 1er février (sauf en France) sur la plateforme de streaming de Disney à qui appartient Marvel.

Lecornu en colère, mais respectueux de la liberté artistique

Auprès de l’AFP, l'entourage de Sébastien Lecornu souligne «la colère du ministre en voyant le film», alors que la France accuse par ailleurs régulièrement la Russie de lui livrer une guerre informationnelle en manipulant – selon elle – les opinions publiques sur son action dans la région.

Le ministère admet la liberté d'une «œuvre artistique» dont la France ne réclame ni le retrait, ni la censure. En revanche, «il ne saurait y avoir de révisionnisme sur l'action récente de la France au Mali : nous sommes intervenus à la demande du pays pour lutter contre les groupes armés terroristes loin de l'histoire racontée dans le film, à savoir une armée française qui vient piller ses ressources naturelles», précise-t-on à l’agence de presse française. 

«C'est le rôle du ministre de défendre les résultats des opérations Serval et Barkhane», déployées respectivement en 2013 et 2014 à la demande de Bamako pour lutter contre les [d]jihadistes liés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique. Le double coup d'Etat au Mali en 2020 et 2021 a scellé l'opération. Le dernier soldat français a quitté le pays fin août dernier. Les relations sont depuis glaciales entre Paris et Bamako, qui s'est offert selon Paris les services du groupe paramilitaire russe Wagner, ce que les autorités maliennes démentent.

La réaction du ministre français s'inscrit aussi dans la volonté de Paris de répondre «aux narratifs de nos compétiteurs» en Afrique, reconnaît-on au ministère. Une allusion directe à la dégradation de l'image de la France dans les opinions publiques au Sahel, phénomène qui selon Paris serait notamment amplifié par Moscou.