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La Commission européenne rétropédale après avoir évoqué 100 000 militaires ukrainiens tués

L'institution est revenue sur cette estimation donnée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, invoquant une «inexactitude». Kiev avait vivement réagi à ces déclarations, jugeant ce bilan erroné.

Une nouvelle maladresse d'Ursula von der Leyen ? Après les déclarations de la présidente de la Commission européenne ce 30 novembre selon lesquelles près de 100 000 soldats ukrainiens avaient été tués «jusqu'à présent», ainsi que 20 000 civils, la retranscription publiée sur le site de l'institution a été expurgée de ce passage, comme le rapporte France Info. Une vidéo a également été dépubliée des réseaux sociaux avant d'être remplacée par une autre, débarrassée de la mention des pertes ukrainiennes qui avait suscité de vives réactions de Kiev.

La première version a néanmoins été publiée par le média ukrainien Hromadske. 

Une porte-parole de la Commission, Dana Spinant, a ensuite publié une mise au point, concédant une «inexactitude» et assurant que cette estimation, basée sur des «sources externes», intégrait à la fois des soldats tués et blessés, et «était destinée à montrer la brutalité de la Russie».

Sollicitée sur ces chiffres par le journal Ukrainskaya Pravda, l'état-major ukrainien a indiqué ne pas être en mesure de les confirmer. «Nous avons demandé à la Commission européenne d'où Ursula von der Leyen tenait ces informations», a précisé un porte-parole de la présidence ukrainienne, Sergueï Nikiforov. Celui-ci a évoqué un chiffre «extrêmement loin de la réalité», dans un entretien donné au média Hromadske, tout en rappelant que seuls le commandant en chef des armées, le ministre de la Défense ou le président ukrainien étaient habilités à communiquer de telles informations. Il a ajouté que Volodymyr Zelensky communiquerait des données officielles sur les pertes ukrainiennes «quand le moment sera venu».

Les deux camps s'opposent sur leurs pertes militaires respectives

Depuis le 24 février, Moscou et Kiev se livrent à une bataille de chiffres sur leurs pertes militaires respectives : en avril, alors que Volodymyr Zelensky avait estimé entre 2 500 et 3 000 le nombre de soldats ukrainiens tués, la Défense russe avait livré le chiffre de 23 367 militaires éliminés. Symétriquement, le chef d'Etat ukrainien avait affirmé que les pertes russes étaient dix fois supérieures au bilan présenté par Moscou.

Début juin, évoquant une «situation difficile» sur le front, le président ukrainien avait ensuite indiqué perdre «60 à 100 soldats par jour», auxquels s'ajoutaient 500 blessés quotidiens.

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou avait de son côté fait état, le 21 septembre, de 5 937 soldats tués depuis le début de l'offensive, un précédent bilan donné fin mars ayant dénombré 1 351 tués parmi les militaires.

Puis le 9 novembre, le chef d’état-major américain Mark Milley avait affirmé que «plus de 100 000 soldats russes» avaient été tués ou blessés depuis le début du conflit. «Même chose probablement du côté ukrainien», avait-il ajouté. 

Ce 30 novembre, la Défense ukrainienne a affirmé que le «personnel russe éliminé» s'élevait 88 880 hommes.  

Ursula von der Leyen a par ailleurs estimé les dommages subis par l'Ukraine à environ 600 milliards d'euros, soit une réévaluation considérable par rapport à sa précédente estimation de 350 milliards d'euros donnée fin octobre. Affirmant de surcroît que la Russie devait «payer pour ses crimes horribles», la dirigeante européenne a proposé la mise en place d'un «tribunal spécial soutenu par les Nations unies». Cet appel, cette fois-ci, a été salué par Kiev, et qualifié de «tentative de légitimer d’une certaine manière l’arbitraire contre la Russie (...) derrière l'autorité des Nations Unies» par Vassili Nebenzia, représentant permanent de la Russie auprès de l’ONU.