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Israël tente le tout pour le tout pour empêcher un accord sur le nucléaire iranien

Alors que les négociations sur le nucléaire iranien semblent en passe de déboucher sur un accord, Israël alarme ses partenaires occidentaux sur le risque que représenterait une levée des sanctions sur l'Iran, et agite l'option militaire.

Branle-bas de combat pour Israël. Alors que les négociations sur le nucléaire iranien semblent sur la bonne voie, l'Etat hébreu s’active pour influer le cours des évènements. En déplacement aux Etats-Unis le 25 août, le ministre israélien de la Défense Benny Gantz s'est entretenu avec le chef du Commandement central américain, le général Michael Kurilla, lors d'une réunion au siège en Floride. 

«Au cours de la visite, nous avons eu des discussions importantes sur le renforcement de la coopération en matière de sécurité entre Israël, les Etats-Unis et les pays de la région face à l'agression iranienne. D'ici, je m'envole pour Washington où je rencontrerai le conseiller à la sécurité nationale [Jake] Sullivan. Je discuterai avec lui des moyens d'empêcher l'Iran d'obtenir des armes nucléaires» a déclaré le ministre israélien sur son compte twitter. Avant son départ aux Etats-Unis, Benny Gantz avait juré que l'Etat hébreu ferait «tout pour influencer l'accord». 

Selon les informations du Figaro, le Premier ministre israélien Yaïr Lapid a quant à lui appelé le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz afin de les persuader d’adopter une ligne dure vis-à-vis de l’Iran. En effet, la précédente administration Netanyahou avait poussé Donald Trump à se retirer unilatéralement de l’accord de 2015 et à imposer une nouvelle séries de sanctions économiques. Le Premier ministre israélien de l’époque avait même salué cette «décision historique» en qualifiant le président américain de «courageux».

Bientôt des «centaines de millions de dollars» pour l'Iran ?

Cependant, en pleine crise des hydrocarbures depuis le début du conflit en Ukraine il y a six mois, les Etats-Unis et les pays européens semblent bien décidés à renouer avec l'Iran. D'ailleurs, le président français Emmanuel Macron a souligné ce 26 août les efforts des deux parties en déclarant : «La balle est dans le camp des Iraniens». Les négociations ont repris à Vienne depuis le 4 août et Téhéran a même accepté certaines concessions. En effet, la République islamique aurait finalement renoncé à exiger le retrait des Gardiens de la révolution de la liste des organisations terroristes. En contrepartie, Washington doit lever toutes les sanctions économiques.

Israël s'inquiète de surcroît des retombées économiques de l'accord pour l'Iran. En cas de signature d'un nouvel accord, des «centaines de millions de dollars» pourraient être utilisés pour financer le «terrorisme dans la région et au-delà»,  préviennent les autorités israéliennes. 

Pire encore pour l'Etat hébreu, les traditionnels ennemis du Golfe de l'Iran renouent également peu à peu contact. Les Emirats arabes unis s'apprêtent en effet à renvoyer un ambassadeur à Téhéran et l'Arabie saoudite continue de négocier officieusement avec l'Iran. Sur le dossier du nucléaire iranien, les Israéliens feraient donc cavalier seul.

Selon le média israélien i24NEWS, le ministre israélien de la Défense Benny Gantz avait déclaré en novembre 2021 : «Tsahal doit être en capacité d'agir seule contre l'Iran». Et pour ce faire, l'armée israélienne disposerait d’un enveloppe conséquente. En octobre dernier, le gouvernement israélien a approuvé un budget d’1,3 milliards d’euros pour une éventuelle attaque militaire. Cette augmentation comprend des fonds pour divers types d'avions, des drones de collecte de renseignements et des armements uniques nécessaires, selon Tsahal, pour cibler des sites nucléaires iraniens souterrains fortifiés. Israël chercherait donc à montrer que toutes les éventualités sont sur la table.

D'ailleurs, le média saoudien Elaph a rapporté que des chasseurs F-35 israéliens auraient pénétré dans l’espace aérien iranien à plusieurs reprises au cours des deux derniers mois. Si cette information n'est pas vérifiable, les Israéliens ont déjà commis plusieurs attaques contre l'Iran. Outre l'assassinat du scientifique Mohsen Fakhrizadeh en charge du programme nucléaire iranien le 27 novembre 2020, l'Etat hébreu est régulièrement accusé de commanditer des cyberattaques et sabotages des sites iraniens. Mais cette technique pourrait s'avérer contre-productive. A mesure que l'Iran est attaqué, il se rapproche du seuil pour être en capacité de fabriquer une bombe nucléaire.

Selon des estimations de mi-mai 2022, Téhéran a ainsi porté ses réserves totales à 3809,3 kg, loin du plafond de 202,8 kilos auquel il s'était engagé. La République islamique dispose par ailleurs de 43,1 kg d'uranium enrichi à 60%, seuil proche des 90% nécessaires à la confection d'une bombe.